De Exhort. cast., v; de Monog., iv, v, vi
UO CO.NTHOVERS
que Tertullien ne veut pas admettre : à ses yeux, il importe peu qu'on se remarie du vivant de la partie conjointe ou après sa mort; car la mort ne dégage pas du lien primitif, et la raison (ju'en donne l'auteur est fort curieuse. Si les mauvais traitements qu'une femme reçoit de la part de son mari la laissent néanmoins enchaînée par ses serments, à plus forte raison l'union conjugale ne saurait-elle être rompue par la mort, qui n'est pas le fait de l'homme, mais qui arrive par la volonté de Dieu\ Il mi faut rien moins qu'un parti pris de vouloir embrouiller la question, pour envelopper l'esprit du lecteur dans de pareilles subtilités. C'est absolument comme si l'on prétendait que le défunt reste propriétaire de la maison qu'il habitait avant sa mort, en sorte qu'elle ne pourra plus passer dans d'autres mains. L'ardent polémiste ne s'en tient pas là : entraîné par l'habitude qu'il a de pousser les choses à l'extrême, il ne craint pas de soutenir que la mort de l'un des époux, bien loin de rendre l'autre à la liberté, ne fait que l'enchaîner plus fortement au défunt. Impossible de s'y méprendre, s'écrie-t-il, Dieu ne veut pas que la partie survivante se remarie^. Ses adversaires auraient pu lui répondre à égal droit : nous y voyons la preuve du contraire, puisque Dieu lui-même sépare ce qu'il avait uni. Mais, d'ailleurs, cette méthode d'interpréter la volonté divine dans les événements naturels, en l'absence de signes plus manifestes, est purement arbitraire : appliquée à la conduite ordinaire de la vie, elle paralyserait l'action de la liberté humaine et aboutirait à l'inertie d'un quiétismé impuissant. Chose singulière, et qui montre à quelle fluctuation d'idées arrive un esprit qui sort de la règle, on ne saurait mieux se réfuter soi-même que
i. De Monog., x.