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caractère et la chaleur de la controverse le poussent à énoncer des maximes qui, à son insu peut-être et contre son gré, n'atteignent pas moins le mariage en général. Or, comme nous lavons dit, il est rare qu'une erreur n'en amène pas d'autres à sa suite, car tout s'enchaîne dans la doctrine catholique, et on ne saurait l'entamer sur un point sans ébranler le reste. En voulant à toute force serrer le frein à la liberté humaine et anéantir dans l'homme l'élément sensible, Tertullien devait se voir conduit à outrer les sévérités du régime pénitentiaire. Comment l'indulgence et la miséricorde auraient-elles pu conserver leur place légitime dans une théorie qui assimilait les secondes noces à la plus grave des violations de l'ordre moral? D'un autre côté, il était facile de prévoir qu'une pareille discipline n'userait point d'une sage discrétion dans les exercices de mortification corporelle. C'est, en effet, pour défendre le sentiment des montanistes sur le pardon et sur l'abstinence, que Tertullien composa ses deux traités de la Pudicité et du Jeûne, contre les psychiques.
Vous me demanderez peut-être comment le prêtre de Carthage pouvait concilier son adhésion aux doctrines deMontan avec son désir de rester fidèle à l'orthodoxie. Car, enfin, un esprit aussi sérieux que le sien devait nécessairement chercher à justifier sa nouvelle attitude, d'abord à ses propres yeux, ensuite devant l'Église. L'explication qu'il donne à cet égard est très curieuse et nous fait assister au travail de cette intelligence entraînée, d'une part, vers des nouveautés, et retenue, de l'autre, par des croyances fortement enracinées. Tertullien se console par l'idée qu'il n'altère en rien la règle de foi ; or, le propre de l'hérésie, dit-il, est de s'attaquer au dogme. Yoilà pourquoi les prophètes de la Phrygie doivent
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être regardés comme les vrais organes du Paraclet ; car ils rendent témoignage au Christ, et glorifient le Dieu créateur, dont le nom est toujours sur leurs lèvres \ Il serait difficile d'imaginer un critérium plus vague et plus élastique pour discerner la vérité de Terreur. S'il suffisait, pour être orthodoxe, d'avoir le nom du Christ à la bouche et de pouvoir dire qu'on veut rendre gloire à Dieu, il n'y a pas de gnostique qui ne se serait trouvé à. couvert sous une formule si commode. Fort heureusement, il existe d'autres signes distinctifs de la vraie foi : l'auteur du traité des Prescriptio?is saura les indiquer, ïertullien se trompe gravement, lorsqu'il restreint le concept de l'hérésie à la négation d'une vérité spéculative ; la morale n'est pas moins importante que le dogme, comme aussi toute erreur sur la règle des mœurs a son contre-coup dans le domaine des croyances. Et d'ailleurs, était-ce donc chose indifférente pour la foi, que de décider si l'Église a le pouvoir ou non de remettre certains péchés? N'était-ce pas porter une grave atteinte au dogme de la sainteté de l'Église que d'accuser sa discipline de favoriser l'inconduite et le relâchement des mœurs ? Il fallait, en tout cas, s'abuser étrangement sur la portée de pareilles questions pour se croire à Tabridu reproche derrière une distinction si frivole.
La réponse était donc insuffisante, et ne servait qu'à mieux faire ressortir le danger d'une situation fausse. Mais les adversaires de Tertullien le pressaient encore plus vivement par un autre côté. Ils l'accusaient de se mettre en désaccord avec lui-même, en soutenant des opinions qu'il avait réfutées précédemment. Avec toutes les ressources de sa dialectique, le, prêtre de Carthage ne pouvait dissimuler une