‹ TertullienChapitre 68 sur 237 · I. De PiidicWa, i · texte numérisé non relu

I. De PiidicWa, i

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décerner le blâme ou l'éloge, il est bien rare que le procès fournisse matière à une revision sérieuse. Cependant, mon admiration pour Tertullien me laissait espérer qu'un examen approfondi de ses œuvres permettrait de réduire les chefs d'accusation, en élargissant le cercle de la défense. Cette consolation est interdite à quiconque veut chercher avant tout la vérité historique, sans parti pris de condamnation ni d'apologie. Tout ce que saint Augustin, saint Jérôme et saint Vincent de Lérins ont avancé sur la défection de Tertullien n'est malheureusement que trop confirmé par ses écrits. Le langage que vous venez d'entendre est celui qu'ont tenu les sectaires de tous les temps : ils aiment mieux, disent-ils, soutenir la vérité avec le petit nombre que d'errer avec la foule. Prétention inadmissible, quand cette foule s'appelle l'Église catholique. Il est évident que la société des fidèles perdrait son caractère d'unité et de visibilité, si le grand nombre pouvait se trouver du côté de l'erreur. Tertullien, qui veut rester dans l'Église malgré l'Église, comme les jansénistes au dix-septième siècle, n'aurait pas dû se méprendre sur la portée de l'opposition qu'il rencontrait parmi les catholiques. Aussi longtemps que le débat s'était renfermé dans les limites d'une Église particulière, on pouvait se faire illusion à cet égard: mais la controverse avait pris des proportions plus vastes. La question venait de retentir au centre de l'unité chrétienne; un jugement émané de l'autorité suprême ne laissait plus déplace à la résistance ni aux équivoques. Bref, Rome avait parlé. C'est Terfiillien lui-même qui va nous l'apprendre.

« J'apprends qu'un édit a été rendu, et même un édit péremptoire. Le souverain Pontife, c'est-à-dire l'évêque des évêques, y parle en ces termes : Je remets le péché d'adultère

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et de IbniicaliOH à ceux qui ont fait pénitence. — 0 édil. nr lequel on ne pourra écrire: Bonne action'. >•

Cet acte décisif du pape saint Zépliyrin, au lieu d'amener Tertullien à reconnaître son tort, avait mis le comide à son irritation. Furieux do se voir contredit par le siège apostolique, il se laisse entraîner à des violences de langage indignes d"un écrivain qui se respecte. Le décret pontifical, s'écrie-t-il, devrait être affiché non pas à la porte des églises, mais à la porte des lieux infâmes: là est sa place! On rougit pour la mémoire du prêtre de Cartilage d'avoir à signaler de tels emportements. Toujours est-il que ces excès même, fournissent une preuve éclatante de la primauté du pape, Tertullien, tout irrité qu'il est, se voit obligé de désigner l'évêque de Rome par les titres qui expriment sa prééminence, ceux de Pontife suprême et d'Évêque des évêques. Plus loin, il rappelle, bien qu'avec un accent de colère mêlée d'ironie, le bon pasteur, le pape béni, l'apostolique*. Il est vrai que, dans le but d'amoindrir la faute de Tertullien ou pour d'autres motifs, certains critiques ont voulu chercher sous ces dénominations l'évêque de Carthage, primat de l'Afrique ^ Cette hypothèse est insoutenable. Néander lui-même, malgré sa répugnance à admettre tout ce qui peut confirmer la suprématie du pape, n'hésite pas à dire qu'il s'agit bien réellement ici de l'évêque de Rome'. L'épithète d'apostolique est à elle seule un indice suffisant; car le prêtre africain ne range pas

d. Do Pudic, i. « I^outifex maxiiuus, cpiJcopus f-piscoporum. »

2. Ibid., XIII. « Bonus pa?lor et beuedictiis papa coucionari?. » xxi. « Exhibe milii, apostolice. prophetica exeiupla. »

3. Mûnler, Primordia ecclesiœ Africanœ, p. 45. Copeuliague, 1829.

l. N'éauder, Geist des TerluUians, p. 203. llem, Brenuer, Kalholisclie Dogmatik, i, p. 181 ; BinUrim, Denkwiirdiykpiten der Christ-Katholischcn Kirche^ m, 90.

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l'Église de Carthage parmi les églises apostoliques, c'est-àrlire fondée par les apôtres mêmes \ De plus, saint Jérôme nous apprend que la question se débattait surtout entre Tertullien et l'Église de Rome, à tel point qu'il attribue la défection de l'apologiste à l'envie et aux procédés blessants du clergé de cette ville*. Je reconnais sans peine que saint Jérôme a pu se tromper sur les vraies causes d'une chute si déplorable: il suffit d'étudier les écrits de Tertullien pour être convaincu que l'opposition du clergé romain s'explique d'elle-même, sans qu'on ait besoin de supposer d'autres mobiles que le zèle de l'orthodoxie. Les esprits opiniâtres sont toujours blessés de la résistance qu'ils rencontrent, et rien ne leur est plus ordinaire que d'attribuer à la jalousie la contradiction dont ils sont l'objet. Lorsqu'on réfléchit au caractère susceptible de saint Jérôme, on comprend sans difficulté que l'illustre docteur ait saisi l'occasion de pouvoir décocher un trait malin contre un clergé dont il croyait avoir eu à se plaindre lui-même. Mais s'il a pu se méprendre sur les raisons qui avaient inspiré les adversaires de Tertullien, son témoignage reste inattaquable quant à la substance du fait, savoir, la lutte entre le prêtre de Carthage et l'Église romaine. Toujours fidèle à sa mission de rappeler les novateurs au respect de la tradition, le successeur de saint Pierre avait élevé la voix pour arrêter les progrès du montanisme par un édit péremptoire. Voilà pourquoi l'auteur de la Pudicité se retourne contre l'évêque de Rome pour neutraliser l'effet d'une condamnation dont il sent toute la force.

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