De Pudicitia, m
^. Idem. XIX. « Moriim ultra exorator uou erit Christuê. »
SUR LA DISCIPLINE PENITENTIAIRE. l;{3
dire à jamais toute participation à ses offices ou à ses sacrements, sans aucun espoir de réhabilitation ^ A Dieu seul d'agréer leur pénitence, s'il le juge à propos. Assurément, voilà une discipline qui devait soulever la conscience chrétienne. Comment! répondaient les catholiques, vous prétendez que l'Église doive refuser à jamais sa communion au pécheur repentant et converti ! Vous n'avez donc pas lu rÉvangile, ce code de la clémence et de la miséricorde I Vous avez oublié ces magnitiques paraboles de la drachme perdue et retrouvée, de la brebis égarée et ramenée au bercail, de l'enfant prodigue rentrant au sein de sa famille, ces images consolantes sous lesquelles le Sauveur a dépeint le retour du chrétien pénitent au milieu de ses frères, qui l'accueillent avec transport ! Vous-même, n'avez-vous pas interprété naguère ces mêmes paraboles dans le sens d'une réconciliation possible pour toute espèce de fautes? Le Seigneur n'a-t-il pas pardonné à la témme adultère ? Saint Paul n'a-t-il pas rendu la paix à l'incestueux de Gorinthe? Vos rigueurs, aussi funestes que peu justifiées, ne tendent à rien moins qu'à détruire toute l'économie évangélique... Ces invectives étaient accablantes. Voici la singulière exégèse qu'imagine fertullien pour échapper à des arguments qui paraissaient sans réplique.
Et d'abord, la règle d'herméneutique qu'il établit à ce sujet, bien qu'elle ne manque pas de justesse, reste néanmoins incomplète; puis l'application qu'il en fait au cas particulier est fausse. TertuUien observe avec sagacité que les paraboles de l'Évangile doivent s'interpréter d'après les cir-
1. De Pudicitia, \\. « Eiadicautem omue sacrilegium pudicitise, siue ulla restitutionis menlioiie. >
constances qui les ont amenées; car la réponse se fait d'ordinaire dans le sens de l'interrogation qui la provoque. Or, dit-il, les pharisiens murmuraient de ce que le Sauveur admettait auprès de lui les publicains et les pécheurs : le Sauveur leur oppose les paraboles de la drachme perdue, de la brebis égarée et de l'enfant prodigue. Conséquemment, ces similitudes ne s'appliquent qu'aux païens éloignés de Dieu par l'idolâtrie et ramenés par 1 Évangile, et non pas aux juifs, encore moins aux chrétiens qui n'existaient pas encore ^ Une telle exclusion n'est pas sérieuse. D'abord, l'auteur eût été fort embarrassé de prouver que tous les pécheurs qui approchaient du Christ fussent païens; les juifs ('taient, à coup sûr, représentés dans le nombre. Ensuite, c'était vraiment pousser la plaisanterie trop loin que d'exclure les chrétiens d'un enseignement destiné à régler leur conduite. Le docteur montaniste perd de vue la largeur et la fécondité des paraboles évangéliques. Nul doute que l'histoire de l'enfant prodigue ne soit une image fidèle du païen qui renonce à ses désordres et à ses égarements pour embrasser la vraie foi; mais ce récit dramatique a une portée bien plus générale; il faut y voir le tableau de la conversion de tout homme, païen, juif ou chrétien, que l'erreur et le vice tenaient éloigné de Dieu. C'est ainsi que, dans la parabole du pharisien et du publicain qui montent au temple pour prier, le Sauveur, tout en flétrissant l'orgueil d'une classe d'hommes déterminée, indique les qualités de la prière pour tous les temps et pour tous les lieux. En s'élevant contre les restrictions arbitraires de TertuUienj les catholiques avaient raison de lui reprocher le caractère étroit de son exégèse. Au sujet de l'incestueux de Corinthe