De Piidicitia, vii-xi
auquel saint Paul accorde le pardon après raccomplissement d'une pénitence suffisante, le subtil écrivain trouvait un champ plus libre pour ses hypothèses intéressées. Il prétend tout simplement que le pécheur scandaleux dont il est question dans la première Épître aux Corinthiens, diffère du pénitent pardonné qui figure dans la seconde, Ici, c'est un orgueilleux qui avait méconnu l'autorité de l'apôtre; là, un impudique dont les vices motivaient l'excommunication ^ Par là, sans doute, l'argument tombait; mais il eût fallu établir par des preuves solides la non-identité de ces deux personnes ; or, à l'exception de quelques interprètes modernes, Tertullien a contre lui, outre les motifs de vraisemblance tirés du rapprochement des textes, l'opinion générale des Pères et des commentateurs. Restait le fait magistral du Sauveur pardonnant à la femme adultère et à la pécheresse de la cité. Sur ce point, l'équivoque devenait impossible. Aussi l'intrépide logicien ne craint-il pas d'affirmer que le Christ seul possédait ce pouvoir, et que l'Église n'en a pas hérité. Si on ki objecte que le Sauveur a donné à Pierre, avec les clefs du royaume des cieux, le pouvoir de lier et de délier, il répond que cette concession doit être restreinte à la personne de Pierre, et qu'elle ne s'étend ni à ses successeurs ni à l'Église '. Voilà une des paroles les plus regrettables que la colère et le besoin de la cause aient arrachées à Tertullien. Autant eût valu dire que la durée de la société chrétienne devait se limiter à la vie de saint Pierre, car il est évident que la perpétuité de l'Église implique la transmission du pouvoir des clefs : les pécheurs avaient besoin de pardon au
i. De Pudicitia, xm-xvi.