Ibid.y XI, XXI
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troisième sièck', iioii iiioius qu'à l'époque des apôtres. Mais, du reste, l'écrivain montaniste se réfute lui-même, puisqu'il reconnaît que TÉglise a hérité du pouvoir de remettre tous les péchés à l'fixception de trois : donc, de son propre aveu, les promesses do Jésus-Christ ne doivent pas se borner à la personne de saint Pierre.
Il faut en convenir. Messieurs, dans la bouche d'un homme qui s'indignait du reproche d'hérésie, de pareilles assertions étaient pour le moins fort étranges. Aus5i Tertullien éprouvet-il la nécessité de raitiger son sentiment ; et alors il accomplit une évolution assez habile. Soit, reprend-il, accordons que l'Église ait le pouvoir de remettre les fautes graves dont je parle; seulement elle ne doit pas user d'un tel droit, de peur qu'on ne prolite de celte indulgence pour pécher de nouveau. La possibilité du pardon lui parait une prime d'encouragement otterte au vice. Voilà l'idée qu'il développe avec une verve déclamatoire qui en dissimule peu la làusseté^ Il part de là pour s'emporter contre le Pasteur d'Hermas, qu'il accuse de patronner l'adultère en regardant ce crime comme rémissible. En bonne logique, Tertullien aurait dû conclure que Dieu, lui aussi, favorise le vice en laissant espérer au pécheur la rémission de ses fautes. De plus, s'il avait voulu être conséquent avec lui-même, il aurait dû soutenir que l'Église ne doit user de la facuUi' du pardon dans aucun cas, car la raison qu'il allègue pour les péchés graves ne s'applique pas moins aux fautes légères. C'est vous dire assez que ces sortes de raisonnements n"ont aucune valeur. A ce compte-là, il faudrait s'interdire tout acte de charité, sous
1. De Pudicilia, i, x, xxi. <> Potest Ecclesia douare delictum, sed uou faciaiu, ue et alla deliuquaut. »
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prétexte qu'on pourrait encourager la paresse ou faire des ingrats. Dites qu'on ne doit pas absoudre à la légère, en l'absence d'une marque de conversion sérieuse, à la bonne heure; mais n'allez pas condamner l'usage d'un droit à cause d'un abus possible. Du reste, le coup d'œil psychologique du prêtre de Cartilage lui fait complètement défaut en cette matière. Bien loin d'être un encouragement au mal, le pardon obtenu après une pénitence sincère devient une force pour l'avenir, tandis que le désespoir amène une prostration morale qui rend l'àme incapable d'un retour définitif au devoir et à la vertu.
Certainement, comme nous le disions la dernière fois, tout en blâmant ce rigorisme impitoyable, on ne peut s'empêcher de reconnaître que Tertullien était inspiré par un vif sentiment de la moralité chrétienne. Il ne comprend pas chez un disciple de l'Évangile ces chutes honteuses qui lui semblent une véritable apostasie ; il voudrait les prévenir à force de menaces et de rigueurs. Voilà pourquoi il ne trouve pas assez d"anathènies contre la violation des lois de la pudeur; et il s'indigne à l'idée qu'on puisse y chercher un crime moindre que l'homicide ou l'idolâtrie. Vous allez en juger par le parallèle où cet homme, si habile à dramatiser le raisonnement, personnifie les vices, qu'il fait parler tour à tour ;
« Je vois l'adultère s'avancer avec pompe, entre l'idolâtrie qui le précède et l'homicide qui le suit. Certes, il méritait de s'asseoir entre ces deux grandes notabilités du forfait, et de remplir au milieu d'elles une place vacante à laquelle lui donne droit une égale autorité dans le crime. Ainsi flanqué de part et d'autre, appuyé sur de tels compagnons, qui l'arrachera du corps de ceux auxquels il est si étroitement uni ? qui rompra le nceud que forment avec lui les crimes, ses voi-
sins? qui le dérobera aux embrasseraents de ses frères, afin de le mettre en réserve lui seul pour les fruits de la pénitence? L'idolâtrie d'un côté, l'homicide de l'autre, ne chercherontils pas à le retenir? Ils prendront, s'ils le peuvent, la parole pour réclamer. « Arrêtez, s'écrieront-ils, c'est le coin qui nous resserre, le lien qui nous rattache. L'idolâtrie est notre limite; l'adultère, en nous servant d'intermédiaire, nous distingue; en brillant au milieu de nous il fortifie notre alliance. L'Écriture divine nous a incorporés les uns aux autres : ses caractères sont notre mutuel ciment; elle-même ne peut plus être sans nous. Moi, idolâtre, il n'est pas rare que je fournisse à l'adultère des occasions. Mes bois sacrés, mes collines, mes eaux vives, et jusqu'à mes temples au milieu des cités savent tout ce que nous faisons pour le renversement de la pudeur. Quant à moi, homicide, je travaille aussi souvent pour l'adultère. Sans parler des tragédies, les empoisonneurs et les magiciens savent combien de concubinages je venge, combien de rivalités je protège, combien de gardiens, de délateurs, de témoins je fais disparaître. Les accoucheuses savent également combien de conceptions adultères sont immolées. Jusque chez les chrétiens, l'adultère n'est jamais sans nous. Où se trouvent les œuvres de l'esprit immonde, là sont les idolâtries ; où l'homme est tué par ce qui le souille, là se trouve aussi l'homicide. Ainsi point de milieu : ou l'adultère est exclu du bénéfice de la pénitence, ou le pardon nous est acquis à tous. Ou nous gardons avec nous l'adultère, ou nous le suivons \ »
Il y a, sans contredit, un grand fond de vérité dans le rapprochement que Tertullien établit entre des méfaits dont l'un
l. DePudidlia, v.
est d'ordinaire la suite de l'autre. Cette délicatesse du sens moral n'est pas moins admirable dans l'éloge de la pudicité par lequel s'ouvre le traité : « La pudicité est la fleur des mœurs, l'honneur du corps, la gloire des deux sexes, l'intégrité du sang, la garantie de l'espèce humaine, le fondement de la sainteté, le préjugé de toute vertu \ » On ne peut que louer un zèle si ardent [ our la défense de la moralité chrétienne; mais cet éloge de la chasteté, comme les anathèmes contre le vice contraire, ne formaient que de brillants horsd'œuvre, et ne touchaient en rien au véritable point de la controverse. Les adversaire de Tertullien lui répondaient avec infiniment de raison : Vous vous donnez bien du mal pour prouver ce que personne ne conteste. A quoi bon parcourir toute l'Écriture sainte pour citer les textes qui condamnent la violation des lois de la pudeur? C'est perdre votre temps et votre peine que de réunir une masse d'arguments étrangers à la question. Pour établir votre thèse, vous devriez démoiiirer que ces mêmes textes qui interdisent la faute excluent également le pardon ; car la condamnation du péché n'implique pas l'impossibilité d'en obtenir la rémission *. Or, bien loin de vous donner gain de cause sur ce point, l'Évangile et les écrits des apôtres protestent à chaque page contre un rigorisme qui voudrait enlever au pécheur tout espoir de réhabilitation.
A une réplique si solide et si sensée on ne pouvait opposer que des arguties ou des déclamations hors de propos. Nous avons vu tout à l'heure que Tertullien, serré de près par les