‹ TertullienChapitre 74 sur 237 · De Pudicitia, i · texte numérisé non relu

De Pudicitia, i

2. Ibid., XVIII. « Hœc ad interdictionem pertinent ouinis impudicitiœ et addictiouem omnis pudicitiae, salvo tamen loco v w, qiiœ non statiui denegatur, si détecta damnantur. •>

HO CONTKOVERSE

catholiques, avait compris la nécessité d'adoucir Texpression de son premier sentiment. Après avoir accordé que le pouvoir de lier et de délier a passé de saint Pierre à ses successeurs, il semblait vouloir se borner à soutenir que l'Eglise ne doit pas en user, de peur que cette indulgence ne soit de nature à encourager le vice. Mais les moyens termes ne convenaient guère à cet esprit toujours tenté de pousser les choses à Textrême. Il va donc retirer cette concession, ou dj moins l'expliquer dans un sens qui aggrave l'erreur. Voici de (juelle manière il exécute ce nouveau changement de front. Oui, dit-il, j'en conviens, l'Église a le pouvoir de remettre les péchés; mais cette Église, quelle est-elle? Est-ce l'Église des psychiques, l'Église composée du corps épiscopal ? Non, c'est l'Église des hommes spirituels, l'Église qui se résume dans l'Esprit de Dieu.

« Qu'y a-t-il là de commun avec l'Église, et surtout avec la tienne, ô psychique ? Ce pouvoir, en effet, n'appartiendra, depuis la personne de Pierre, qu'aux hommes spirituels, à l'apôtre ou au prophète. Car l'Église, à proprement parler, c'est surtout l'Esprit, en qui réside la trinité d'un seul et même Dieu, le Père, le Fils et l'Esprit-Saint. L'Église que forme l'Esprit est celh dont le Seigneur a dit qu'elle existe là où trois personnes sont rassemblées. D'où il siiit qu'un nombre quelconque de (idèles qui se rencontrent dans cette foi est censé l'Église, d'après son aut< ' r et son consécrateur. C'est pourquoi l'Église remettra les pf-ehés, il est vrai, mais l'Église de l'Esprit formée d'hommes spirituels, et non l'Église qui se compte par le nombre des évêques. Ce droit est réservé au Seigneur, et ne regarde pas le serviteur; c'est le pouvoir de Dieu lui-m('me, et non pas celui du prêtre*. »

■I. De Piidicitia, xxi.

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Voilà, Messieurs, le dernier mot de la question. Connnie tous les illuminés, Tertullien arrive par voie de conséquence à une Église soi-disant spirituelle et invisible, qui n'est plus caractérisée par la succession épiscopale, mais par des dons --,, extraordinaires, miracles ou prophéties. L'idée de l'Église. ^ c'est-à-dire de l'assemblée des fidèles unis dans la même foi sous l'autorité des pasteurs légitimes, s'évanouit à ses yeux pour faire place à l'image indécise et vague d'une coterie, oîi des hommes et des femmes se donnent pour inspirés et usurpent en cette qualité le pouvoir spirituel. C'est exactement aux mêmes proportions ([uc des sectes plus modernes, les Frères Moraves et les Quakers, par exemple, réduisaient la société chrétienne. Le fanatisme religieux aboutit toujours et partout à des conclusions semblables. Triste résultat, mais parfaitement logique. Du moment que l'on déserte la voie de l'autorité extérieure et visible, on est réduit à se créer une Église imaginaire, qui n'a plus rien de commun avec les réalités d'ici-bas, et au sein de laquelle des intelligences troublées mettent sur le compte de l'Esprit-Saint toutes les olies qui peuvent traverser le cerveau de l'homme. Au point où en était arrivée la discussion, tout raisonnement devenait superflu : il suffisait aux adversaires de Tertullien de l'engager à relire son traité des Prescriptions.

De même que le fougueux montaniste se voyait amené, par ses principes de morale, à outrer les sévérités du régime pénitentiaire, il cherchait à multiplier outre mesure les exercices de mortification corporelle. Cet ascétisme sombre et indiscret, nous le trouvons développé dans le traité du Jeûne, contre les psychiques. Certes, les adversaires que Tertullien désigne par cette dénomination injurieuse, étaient bien éloiunés de vouloir contester futilité et même la nécessité du

jeûne et de Fabstinence. Tout irrité qu'il est contre eux, l'auteur ne peut s'empêcher de convenir qu'ils tenaient en haute estime ces pratiques salutaires; et les détails où il entre à ce sujet donnent à son ouvrage une haute importance pour l'histoire de la discipline ecclésiastique. Entre autres points, nous voyons que les catholiques jeûnaient le mercredi et le vendredi, la veille des fêtes et pendant la semaine sainte; qu'outre ces jeûnes ordinaires, consacrés par la coutume, les évêques en ordonnaient d'autres, dans certains cas particu' liers, suivant les besoins de l'Église. L'abstinence obligatoire ou volontaire de quelques aliments, ce que Tertullien appelle un jeûne partiel ou une xérophagie, n'était pas moins en usage dans l'Église universelle à l'époque où il écrivait'. Mais ces pratiques générales ne pouvaient suffire aux puritains de la secte montaniste: il leur fallait des observances plus rigoureuses. C'est pourquoi ils prolongeaient jusqu'au soir le jeûne qui se terminait à trois heures ou à midi, établissaient dans le courant de l'année deux semaines d'abstinence en dehors du temps prescrit, etc. Assurément, personne n'eût songé à blâmer leur conduite, s'ils s'étaient contentés de s'imposer à eux-mêmes ces privations, à titre de dévotion facultative et personnelle. Mais, loin de là, ils prétendaient les rendre obligatoires pour tous, en se fondant sur l'autorité des nouveaux prophètes, Montan, Priscillaet Maximilia*. Dès

1. De Jejuniis, xni. xiv. « Episcopi uuiver?a^ plebi mandare jejunia assolent. »

2. Ibid., I, XI, XIII. Tertulien appelle constamment les jeûnes des montanistes, << un commandement du Seigneur, un devoir imposé par le Paraclet, etc., imperium Dei, officia quœ consliluit Spirilus sanclus ». — « Joël, dit-il ailleurs, prévoyait qu'un jour d'autres apôtres et d'autres prophètes ordonneméent de? jeûnes. » (Ibid..xy\.)

lors, la question changeait de face, et le pouvoir disciplinaire de l'Église se trouvait engagé dans le débat. Il était impossible de reconnaître à quelques individus sans caractère ni mission, le droit d'établir de nouveaux préceptes sur la foi d'une révélation reconnue pour fausse. Par ce côté, qui ne pouvait échapper à aucun esprit sérieux, une simple affaire de discipline s'élevait à la hauteur d'une question de principe.

Rien de plus curieux à observer que l'argumentation de ïertullien en faveur des jeûnes prescrits par Montan et ses prophétesses. Évidemment, s'il avait tenu à mettre de son côté la logique et le bon droit, il aurait dû commencer par établir l'autorité des nouveaux réformateurs : toute la diS' cussion portait sur ce point. Mais jamais écrivain n'a mieux connu le secret de tourner une difficulté en se rejetant sur une thèse étrangère au débat. Après avoir allégué que Montan ne prêche ni un autre Dieu ni un autre Christ que les catholiques, ce qui est une pure défaite, il entre dans de longs développements sur l'utilité du jeûne et de l'abstinence, A coup sûr, voilà de l'érudition et de l'éloquence hors de propos. Tertullien donne une nouvelle preuve de sa pénétration ordinaire lorsqu'il montre dans la loi du jeûne un antidote contre le poison que le sensualisme a fait couler dans les veines du premier homme. Rien de plus juste que son éloge de l'abstinence corporelle, dont l'effet est d'assurer à l'àme la souveraineté sur le corps. Nul doute, comme il le prouve par l'histoire de la révélation, que Dieu n'accorde à l'àme qui a conquis sa pleine liberté sur les sens, des grâces particulières, parfois même le don de prophétie et le pouvoir d'opérer des miracles K Mais tout cela n'avait aucun rapport

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