‹ TertullienChapitre 79 sur 237 · l.i; iliAliK f)l M A ME Al · texte numérisé non relu

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qui seraienl tort belles, si l'on pouvait oul)lit'r ijuMl ne s'agit que d'un manteau.

« Tout change de forme dans le monde, dit Tertullien. Le jour et la nuit se succèdent l'un à l'autre. Le soleil a ses stations annuelles, la lune ses phases de chaque mois. La confusion distincte des astres tait reparaître par intervalles ce qui venait de s'éclipser. L'enveloppe du ciel est tantôt sereine vi lumineuse, tantôt obscurcie par les nuages; ici ce sont des torrents de pluie qui se précipitent; là des projectiles qui st mêlent à la pluie; bientôt ce n'est plus qu'une légère rosée: puis voilà de nouveau la sérénité première. Sur la mer, mémt inconstance : aujourd'hui que les vents soufflent également; elle est tranquille et innocente; demain une brise modérée va l'agiter; enfin la voici qui soudain bondira sous la vague. Ainsi encore, si vous regardez la terre, qui aime à changer de parure avec les saisons, vous aurez peine à la reconnaitrt sous cette surface naguère verte pour vos yeux, aujourd'hui jaune, dans quelque temps toute blanche. Ne puis-je pas en dire autant de ses autres ornements? Les torrents qui descendent des montagnes, les sources d'eau qui se jouent sou^ le sol, le lit des fleuves qui se couvre de limon, ne se renouvellent-ils pas constamment? Que dis-je? Le monde tout entier a changé d'aspect autrefois, puisque les eaux l'englontirenl. Les coquillages et les trompes de mer voyagent aujourd'hui encore sur les montagnes, voulant prouver à Platon que les plus hauts sommets avaient flotté sous les eaux. Quand celles-ci se furent retirées, le globe prit une forme différente, devenu autre par ce changement, quoique restant toujours le méme^ »

t. De Pallio, u.

INK FANTAISII'] D'A r. T I S T H. l'j;}

La coiicliision de cet argument, c'est que l'auteur a bien pu changer de vêtement, puisque la nature entière ne cesse de se transformer. Vous trouverez sans doute comme moi que le premier défaut de ce raisonnement est son inutilité. Ce luxe de preuves à propos d'un manteau toucherait à la naïveté, s'il fallait voir dans la thèse autre chose qu'une brillante amplification sur un sujet peu sérieux par lui-même. De plus, on pourrait appliquer au cas particulier ce proA'erbe : Qui veut trop prouver, ne prouve rien. Si les transformations que subit le globe autorisent Tertullien à prendre le manteau, elles ne justifient pas moins les Carthaginois de l'avoir quitté. Mais, je le répète, le traité de Pallio est une pure œuvre d'imagination, dans laquelle il ne faut chercher que le talent d'un grand artiste; or, en fait de tableaux et de descriptions, Tertullien est un maître. Après avoir constaté les changements périodiques qui s'opèrent dans la nature, il passe aux révolutions des empires et aux migrations des peuples. Enfin, pour aborder un ordre d'idées qui se rapproche davantage de l'objet de sa dissertation, il observe comment, chez les animaux, les formes extérieures se renouvellent avec le temps : le paon dépose sa parure pour en revêtir une autre; le serpent change de peau et l'hyène de sexe; le cerf rajeunit. Parmi ces détails d'histoire naturelle, il y en a de fort contestables ; mais la description du caméléon est très belle et mérite d'être citée.

« Il est un quadrupède, à la démarche lente, à la peau rude, et qui habite les champs. C'est la tortue de Pacuvius, diras-tu? Point du tout. Le vers de ce poète peut s'appliquer à un autre animal qui, pour être d'une taille médiocre, ne laisse pas d'avoir un grand nom. Qui entendra parler du caméléon sans le connaître, s'imaginera que c'est au moins

irj'i LE TRAITK DU MANTEAU.

quelque chose comme un lion. Mais rencontrez-le dans une vigne, caché tout entier sous un pampre, vous rirez de l'audace toute grecque qu'on a eu de lui donner ce nom. En effet, point de suc dans son corps, tandis que des insectes bien moindres n'en manquent pas. Le caméléon n'est qu'une peau, cependant il vit; sa petite tète tient immédiatement ù son dos, car il n'a pas de cou ; aussi ne se tourne-t-il qu'avec effort. Mais ses petits yeux, ou plutôt deux points de lumière, placés à fleur de tête, rayonnent de côté et d'autre, dans leur éblouissante mobilité. A peine peut-il se lever de terre, tant il est pesant et fatigué; il marche avec lenteur et péniblement : on s'aperçoit qu'il a fait du chemin, et on ne l'a pas vu marcher ; toujours à jeun, jamais en défaillance, il se nourrit en bâillant, il rumine en respirant ; le vent, voilà sa pâture. Toutefois il a la vertu de changer complètement, sans cesser d'être lui-même. En effet, quoiqu'il n'ait qu'une couleur qui lui soit propre, il prend celle de l'objet qui l'approche. Au caméléon seul il a été donné, comme dit le proverbe, de s'amuser de sa peau'. »

Un naturaliste moderne n'admettrait sans doute pas cette dernière qualité, que Tertullien attribue au caméléon d'après une opinion fort ancienne; mais cette erreur, excusable d'ailleurs, n'enlève rien au mérite littéraire d'un morceau qui ne serait pas déplacé à côté des plus belles descriptions de BufFon. Vous me demanderez peut-être pourquoi, au lieu de chercher ses arguments si loin, l'auteur n'aime pas mieux les tirer de l'homme lui-même. C'est, en effet, dans les coutumes si variables des différents peuples qu'il pouvait trouver une justification plus complète. Aussi cette longue digression sur la nature et sur le règne animal n'a-t-elle été qu'un

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