DePalUo, m
UNE FANTAISIE D'ARTISTE. lo5
prélude pour arriver jusqu'à l'homme. Suivant l'habitude qu'il a de remonter à l'origine des choses, Tertullien fait l'historique de l'art et de l'industrie dans leur application aux vêtements. Il énumère les inventions dues à la nécessité d'abord, au goût du luxe ensuite, depuis les feuilles de figuier qui ont servi à couvrir la nudité de nos premiers parents, jusqu'aux habits de soie dont un humble insecte fournit la matière, sans oublier la fabrication de la laine, de la toile et du lin. Ces changements de costume, amenés par le temps, indiquent suffisamment qu'une mode nouvelle n'est point répréhensible par elle-même; elle devient coupable lorS' qu'elle intervertit l'ordre de la nature ou qu'on blesse la modestie. Réservez vos railleries, continue l'auteur, pour Achille déguisé en jeune fille, pour Hercule transformé en Omphale, pour les matrones romaines qui échangent le voile et la robe flottante contre un vêtement plus favorable à leurs dissolutions, etc. Voilà des habits qu'il est juste de montrer au doigt, de tourner en ridicule, parce qu'ils offensent la pudeur, et qu'ils sont contraires, non seulement à la coutume, mais encore aux lois de la nature. Quant au manteau, il ne peut avoir qu'un tort aux yeux des païens, et ce tort est un mérite : il est devenu l habit de la sagesse, qui renonce aux vaines superstitions. Yoilà ce qui le rend plus auguste que toutes les dépouilles et tous les voiles du monde. Insigne du prêtre, le manteau s'élève au-dessus de la tiare et des autres ornements. Mais lors même qu'il ne serait pas la marque d'un passage à une foi meilleure, il porterait avec lui sa défense dans un avantage que tous peuvent apprécier, dans sa commodité. A défaut d'élévation ou d'originalité, ce dernier argument ne laissait pas d'être le mieux approprié à la nature du sujet :
l.-;ti LF TR.MTft m M A NT K AU.
« D'abord, dit le prêtre de Carthage, point de vêtement plus commode à prendre et moins embarrassant. Il n'est pas nécessaire qu'un artiste, la veille déjà, en arrange les plis de haut en bas, qu'il les arrondisse en baguette, qu'il les rassemble en un point central comme au sommet d'un bouclier et qu'il en fixe la forme par des agrafes. Il ne faut pas non plus que, revenant le lendemain avec le jour, il resserre la tunique au moyen d'une ceinture, pour lui donner moins d'ampleur; qu'après avoir reconnu si le nœud est en bon état, etréforméce qu'il y a d'exorbitant, il allonge la robe dn côté gauche; qu'il retire des épaules cette immense circonvolution d'où sort le sein là où les plis cessent; ni qu'après avoir dégagé le côté droit, il la rejette sur le côté gauche avec un autre pan de la robe, plissé comme le premier et destiné à couvrir le dos, jetant ainsi sur celui qui rhabille un véritable fardeau... Au contraire, rien de plus libre que le manteau, fût-il double comme celui de Cratès; ce vêtement n'exige pas tant d'apprêts. Tout l'efforL qu'il réclame, c'est qu'on le déploie pour le mettre. On le peut d'un seul jet qui enveloppe tout le corps de l'homme, de manière à le couvrir convenablement. C'est un voile qui laisse voir les épaules on les cache à volonté; il y est attaché, mais sans les surcharger ni les serrer de trop près. Le manteau ne s'inquiète pas de la symétrie des plis, il se maintient aisément ou se rajuste de lui-même. L'a-t-on quitté, on ne le confie à aucune tenaille pour le lendemain. Si la tunique est dessous, on n';i pas le supplice d'une ceinture. La chaussure qui l'accompagne est des plus propres; ou bien le pied reste nu, ce qui est plus viril que de porter le brodequin*. »