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UNE FAiNTAISlE D'AUTISTE. 163
curité que celle de l'ébèue bien nette et bien travaillée ^ » Si la lumière dont parle Balzac était un peu moins noire dans certains endroits de la pièce que nous venons de parcourir, elle ajouterait au mérite d'une composition où l'artiste et l'érudit jouent le rôle principal. Quant au penseur et au dialecticien, nous les chercherons ailleurs; et, pour les trouver, il nous suffira d'ouvrir le traité des Prescriptiens.
\. Œuvres de Balzac, Paris, 1663, part, i, p. 299.
VINGT-SEl'TIEME LE(,10N
Ltilte.s de TerUillieu avec les sectes «lissideules. — Série d'ouvraf^es (|iii se rapporteut à ce sujet. — Le traité des Prescriplions.— Ddle de cettf compositiou. — Rôle des hérésies daus le plan de la Providence. — •Sources d'où elles provienueut. — Tliéorie du libre exameu appliqué ;i l'objet même de la révélatiou. — Distiuctiou eutre l'exameu qui précèdi la foi et celui qui la suit. — Impuissauci' du libre oxauieu à faire ui acte de foi d'-fiuitif. — Tertullien accepte comme légitime l'exameu des titres de la révélatiou, des motifs de crédibilité, et repousse avecraisoi l'exameu critique des vérités l'évélées, prises eu elles-mêmes. — 11 u'y ; de régidier et de uormal que ruuité de tous les chrétieus daus l'adhé siou au un'wue symlinlf di- fui. — Le libre exameu et le scepticisme.
Messieurs.
Lorsqu'on étudie iv niouvenifiit de l'éloqueuce chrétienin vers la lin du deuxième siècle, on le voit suivre une triph direction, selon ({ue l'Église elle-même était occupée à si détendre contre le paganisme, à combattre les hérésies ou i fortiiier sa propre discipline. De là trois genres d'écrits qui méritent également de fixer l'attention : les apologies, les traités de controverse et les ouvrages de morale. Tertullien est, sans contredit, l'auteur qui résume le mieux l'activit» littéraire de l'époque sous ces dittérents aspects. Déjà nou> avons passé en revue celles de ses productions qui traitent des rapports de la société chrétienne avec le polythéisme, ou bien (jui concernent la vie et l'organisation intérieure de ^'Égli>^<'. Il nous reste, par (•(nisé((neiit. à l'etracer ses luttes
LE traith; des prescriptions et le libre examen. 16;;
avec les sectes dissidentes. Ici vient se placer en première ligne son fameux livre des Prescriptions, contre les hérétiques.
Essayons d'abord de préciser autant que possible la date de cette composition. Vous savez que, si les œu>'res de Tertullien peuvent être rangées en trois classes, suivant qu'on l'étudié comme apologiste, comme moraliste ou comme controversiste, sa vie se partage en deux moitiés, dont Tune précède et l'autre suit sa défection. Il s'agit donc de savoir à laquelle de ces deux périodes appartient le traité des PreS' criplions. Sur ce point, trois opinions se sont produites. La première rapporte l'ouvrage au temps où le célèbre écrivain n'avait pas encore cédé aux illusions du montanisme ; la deuxième se prononce pour une époque postérieure à ce déplorable entraînement ; et la troisième, qui est une sorte de moyen terme entre les deux précédentes, suppose que Tertullien, déjà montaniste, livra au public une pièce qu'il avait rédigée avant sa chute. Je commence par faire observer que nous sommes complètement désintéressés dans ce débat. Antérieur ou non à l'événement que je viens de rappeler, le traité des Prescriptions n'en conserve pas moins sa force contre toutes les hérésies anciennes et modernes. Au contraire, dans cette deuxième hypothèse, la conclusion me paraîtrait encore plus frappante : car, si malgré son différend avec les catholiques, le prêtre de Carthage continue néanmoins à opposer le principe d'autorité au libre examen, il fallait que la règle de foi fût bien vivante dans les cœurs, pour que l'irritation la plus vive n'ait pu l'effacer de cette àme impatiente du frein. Aussi, tandis que des écrivains catholiques, comme le bénédictin Lumper, reculent la date de l'ouvrage jusqu'après la défection de Tertullien, des cri-
im LK TRAITK niiS l'K i:SC K II'T IONS
tiques protestants, tels que Néander, ont embrassé le sentiment contraire. D'autre part, je dois avouer que le fond du livre n'est pas de nature à bannir toute incertitude. Absolument parlant, il serait difficile de prouver que les doctrines montanistes eussent empêché l'auteur de composer le traité des Prescriptions. Nous l'avons dit plus d'une fois, le fougueux partisan des visionnaires de la Phrygie n'a pas cru un seul instant qu'on pût le compter au nombre des hérétiques, comme aussi nous devons reconnaître qu'il ne rangeait pas ses adversaires parmi ces derniers. A ses yeux, il ne s'agissait entre les catholiques et lui que d'une pure affaire de discipline. En cela, sans doute, il se trompait, car ses récriminations violentes ne laissent pas de porter atteinte au dogme. Mais, en se plaçant à son point de vue, l'on comprend que ces dissensions intérieures n'aient pas refroidi son ardeur à combattre les ennemis du dehors, comme le prouvent d'ailleurs les écrits contre Hermogène et Praxéas, dont l'origine est certainement postérieure à sa chute.
Cette remarque faite, je me hâte d'ajouter que l'opinioii iqui attribue le traité des Prescriptions à Tertullien, déjà montaniste, a contre elle toutes les vraisemblances. Dans ce cas, il faudrait admettre de deux choses l'une : ou le prêtre de Cartilage aui'a voulu se réfuter lui-même de propos délibéré, ou bien il ne se doutait pas qu'on pût retourner contre lui son propre ouvrage. Or, rien ne nous autorise à lui imputer de pareilles naïvetés. Comment un homme qui venait dé rompre si bruyamment avec ceux qu'il appelle les psychiques, aurait-il pu parler au long de la défection de certains person^ nages illustres dans l'Église, sans y mêler un mot de restriction qui pût atténuer ou expliquer la sienne propre ' ? Bien