‹ TertullienChapitre 84 sur 237 · De Prœsbript., xxii et suiv · texte numérisé non relu

De Prœsbript., xxii et suiv

2. Apoliig., xi.Vii. '< A ces corrupteurs dei'Évau^ile nous opposons cet ar^uMUiiPiil (|p i)ri'>cri[)t;(iu : la l-i^gle df vrrité est celle qui. veuue <lu Christ,

168 I.K ir.AITK niiS l'HHSCHIl'TlOiSS

Mais, je le répète, c'est là une question de pure curiosité liitéraire: peu importe pour l'intérêt dogmatique do l'ouvrafit' qu'il soit antérieur ou non à la détection de TertuUien. Ce que nous cherchons avant tout dans cette pièce fameuse, ce n'est pas l'autorité personnelle de celui (|ui l'a composée, mais les principes et la croyance du temps où il écrivait. Oi-,

nous a été transmise par ses disciples, auxquels ces prétendus interprètes sont tous postérie irs. » Ces paroles résument le traité des Prescriptions. — Ceux qui placent ce traité après la chute de TertuUien. s'appuient principalement sur le passage suivant du 1" li\Te contre Marcion : « Un autre opuscule développera ce genre de preuves contre les hérétiques, que nous pouvons réfuter sans même entrer dans l'examen de leur doctrine, en nous contentant de leur opposer la prescription de nouveauté. » De là cette conséquence, que le traité des Prescriptions a suivi l'ouvrage contre Marcion, postérieur à la défection de TertuUien. Cet argument, sur lequel on s'est tant fondé, ne me parait avoir aucune valeur. L'auteur nous apprend lui-même qu'il a remanié à différentes reprises et refondu dans un travail plus complet le traité contre Marcion, d'abord écrit à la hâte. 11 se peut donc fort bien que la phrase en question remonte à la première ébauche, dont la date est complètement incertaine; dès lors l'argument de Lumper et d'autres critiques perd toute sa force. On ne considère pas assez que l'ouvrage contre Marcion se compose de plusieurs parties rédigées à diverses époques. De plus, TertuUien aurait fort bien pu se servir de la forme du futur pour désigner un écrit antérieur, et dire par conséquent d'une preuve qu'il ne veut pas exposer à présent : nous la développerons aUleurs, sans qu'on puisse inférer de là qu'U n'en avait pas encore fait usage. De pareilles locutions n'ont rien d'inusité. Ce n'est pas tout ; le passage même qu'on aUègue semble prouver que le traité Aes Prescrip fions avait déjà paru; car l'auteur ajoute immédiatement après ; << 1! est cependant à propos d'engager quelquefois le combat avec nos adversaires, de peur qu'en opposant partout ce cioyeu abrégé de la prescription, nous ne paraissions nous défier de notre cause. » Ou je me trompe fort, ou ces paroles signifient que TertuUien avait déjà développé précédemment l'argument de prescription, et que, pour cette raison même, il préfère employer ici un autre genre de preuves. Enfin, la phrase qui termine le traité des Prescriptions montre assez clairement qu'il est antérieur à tous les traités particuliers de TertuUien contre les hérétiques ; « Nous venons d'employer généralement contre toutes les hérésies l'argument de prescription; dans la suite, avec la grâce de Dieu, nous répondrons en particulier à quelques-unes. »

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s'il était prouvé que cette condamnation éclatantede l'hérésie émane d'un auteur déjà irrité contre l'Église, cela n'en montrerait que mieux combien la règle de foi catholique était enracinée dans les esprits au deuxième siècle.

Examinons à présent l'ouvrage en lui-même. A la simple lecture du traité des Prescriptions, on voit clairement qu'il se divise en deux parties. La première est une sorte de préambule, où l'auteur s'attache à déterminer le rôle de l'hérésie dans le plan de la Providence, son caractère, ses sources et le principe général qui lui sert de base. La seconde est consacrée au développement de l'argument de prescription. Nous allons nous occuper d'abord des notions préliminaires, qui forment une introduction aussi large que savante à ce beau monument de l'éloquence chrétienne.

En étudiant le traité de saint Irénée contre les gnostiques, nous avons eu occasion de décrire cette vaste fourmilière d'hérésies qui était venue tourbillonner autour de l'Église naissante. Or, Messieurs, ce spectacle ne laissait pas de produire une impression fâcheuse sur une classe d'esprits qui ne se rendaient pas un compte bien exact du motif de ces dissidences. A la vue d'attaques si nombreuses, le trouble et le découragement s'étaient emparés de quelques âmes trop craintives. C'est dans le but de les instruire et de les rassurer que TertuUien écrivit son traité des Prescriptions.

« Les circonstances présentes, dit-il en commençant, m'obligent d'avertir qu'on ne doit pas s'étonner, ni qu'il y ait des hérésies, elles ont été prédites ; ni qu'elles détruisent la foi de quelques-uns, car elles existent pour que notre foi, passant par la tentation, ait le mérite de l'épreuve. C'est donc sans fondement que le grand nombre se scandalise de ce que les hérésies lassent tant de progrès. Eh! que serait-ce s'il n'y

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eu avait point? Lorsqu'une chose est, elle a nécessairement sa cause finale, et son énergie propre, qui la fait exister et sans laquelle elle ne pourrait être. Nous ne sommes pas surpris que la fièvre, ce principe de douleur et de mort pour l'homme, existe, ni qu'elle mine le corps humain : telle est sa nature. Par conséquent, si nous sommes ettrayés que les hérésies puissent affaiblir et même éteindre la foi, nous devrions être effi'ayés d'abord qu'elles existent; car, n'existant que pour produire cet effet, elles ont nécessairement ce pouvoir dès qu'elles existent. Nous savons que la fièvre est un mal et par sa cause et par sa nature : voilà pourquoi elle nous effraye sans nous surprendre. Ne pouvant l'abolir, nous faisons tous nos efforts pour nous en préserver. Mais comment nous étonner que les hérésies qui nous brûlent de feux J)ien plus dévorants et qui nous donnent la mort éternelle, puissent avoir de tels effets, au lieu d'empêcher qu'elles ne les aient, comme nous en aurions la force? Du reste, elles n'ont de pouvoir qu'antant qu'on s'en effraye : troublés par la frayeur, nous nous scandalisons; et ce scandale nous porte à croire que leur puissance vient de quelque vérité. Il serait étonnant, sans doute, que le mal eût un si grand empire, s'il l'exerçait sur d'autres (]ue sur des hommes faibles dans la foi. Voyez les combats d'athlètes et de gladiateurs : le vainqueur n'est, pour l'ordinaire, ni brave ni, encore moins, invincible ; mais il a eu en tête un faible adversaire ; aussi lui en propose-t-on un plus courageux. Alors le vainqueur est vaincu à son tour. Il en est de même des hérésies : puissantes par notre faiblesse, elles ne peuvent rien sur une foi robuste ^ »

■1. De Prœscript., i, ii.

El' lE LIBRE EXAMEN. 171

(k'i cxorde n'est que le commentaire du mot de saint Paul : « Il faut qu'il y ait des hérésies, afin qu'on reconnaisse ceux d'entre vous qui sont d'une A'ertu éprouvée*. » Telle est la cause finale de ces révoltes de l'esprit contre la foi ; c'est par là qu'elles rentrent dans le plan général de la Providence, car Dieu fait servir l'erreur même au triomphe de la vérité. On ne doit donc pas s'étonner de ces défections partielles, encore moins s'en effrayer : étant donnée la liberté humaine, elles s'expliquent de soi, par le penchant que nous avons tous à secouer un joug qui nous pèse. Tel succombe à la tentation, tel autre y résiste ; et cette commune épreuve a pour effet de manifester la valeur morale de chacun. Sans doute, Dieu aurait pu donner à la révélation un caractère d'évidence irrésistible, comme il lui eût été facile de nous communiquer un attrait invincible pour le bien ; mais le mérite disparaissait avec la possibilité de la déchéance. En adoptant un autre plan. Dieu n'en a pas moins fait éclater sa puissance et sa bonté. Quoi de plus merveilleux, en effet, que cette économie providentielle où une multitude d'agents libres contribuent à une même fin, soit de gré soit par force, à leur insu ou sciemment ; où chaque apparition du mal devient un stimulant pour le bien, et chaque attaque de l'erreur un progrès dans la vérité ? Si le comble de la sagesse est de vaincre la plus grande des difficultés, on ne saurait rien concevoir qui pût nous donner une idée plus haute de l'intelligence divine. Or, ce n'est point là une pure théorie : l'histoire est une révélation permanente du plan divin, de ses ressources et de sa fécondité. Partout le mal se montre à côté du bien, qu'il excite et provoque. Ainsi, pour m'en tenir à la thèse de Ter-

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