‹ TertullienChapitre 85 sur 237 · I. I'" aux Corinthiens, xi, lit · texte numérisé non relu

I. I'" aux Corinthiens, xi, lit

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tullien sur le rôle providentiel des hérésies, quel n'a pas été le résultat de ces grandes crises, au point de vue dogmatique ou moral ? Chacune d'elles a été l'occasion et le point de départ d'un nouveau développement de lumière et de sainteté. C'est par suite de ses luttes continuelles avec l'erreur, que l'Église a été amenée successivement à définir son dogme, à fortifier sa discipline, à multiplier ses moyens de défense en raison même de l'attaque. On peut dire que la théologie, ou la science de la religion, s'est principalement formée au milieu de ces controverses, qui ont pour résultat de réveiller le zèle et d'ouvrir un champ plus vaste à l'activité de l'esprit. Tertullien a donc raison de soutenir que les hérésies ont leur utilité relative, suivant cette grande loi qui veut que tout mal particulier tourne au bien général. Voilà ce que beaucoup de catholiques avaient peine à comprendre, tant ils étaient frappés des ravages que l'esprit de révolte exerçait autour d'eux. Ce qui les scandalisait le plus, c'était la chute de certains personnages distingués par leur talent ou par leur caractère; car les sectes primitives comptaient dans leurs rangs des hommes qui, antérieurement à leur défection, avaient édifié l'Église par leurs vertus ou dont la science n'était point contestable. L'auteur du trsiité des Prescriptions xeutàéiruire dans l'àme de ses lecteurs l'impression fâcheuse que de pareils exemples produisaient sur eux. Hélas f il ignorait sans doute à cette époque-là qu'il allait signer d'avance sa propre condamnation :

« Les âmes faibles, poursuit-il, se laissent encore ébranler par l'exemple de certains personnages que l'hérésie a pris dans ses filets. Gomment, dit-on, tel ou tel que nous avons connu si fidèle, si sage, si dévoué à l'Église, a-t-il pu passer dans h camp de Terreur? Ceux ({ui font cette objection

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pourraient eux-mêmes y répondre : ces personnes n'étaient dans le fond rien de tout ce qu'on suppose, puisque l'hérésie les a perverties. Mais, d'ailleurs, est-il bien extraordinaire que deshomnies d'une vertu éprouvée se soient démentis dans la suite ? Saiil, le meilleur parmi tout son peuple, succombe bientôt après à la jalousie. David, Thomme selon le cœur de Dieu, se rend coupable du double crime d'homicide et d'adultère. Salomon, comblé des dons de Dieu et rempli de sa sagesse, est entraîné à l'idolâtrie par les femmes. 11 était réservé au Fils de Dieu seul de demeurer sans péché. Quoi donc ! si un évêque, un diacre, une veuve, une vierge, un docteur, si un martyr même s'éloigne de la règle de foi, les hérésies deviendront-elles pour cela une vérité ? Jugeonsnous de la foi par les personnes, ou des personnes par la foi ? Point de sage que le fidèle, point de grand homme que le chrétien, point de chrétien que celui qui aura persévéré jusqu'à la fin. Homme, vous ne connaissez d'un autre homme que l'extérieur : vous croyez ce que vous voyez, vous ne voyez que jusqu'où porte votre vue... Que la paille légère s'envole au gré du premier souffle des tentations, le froment n'en sera que plus pur dans le grenier du Seigneur. N'y eût-il pas quelques disciples du Seigneur qui se scandalisèrent de lui et finirent par l'abandonner? Les autres ne lui en restèrent pas moins attachés : sachant qu'il était la parole de vie et qu'il venait de Dieu, ils l'accompagnèrent jusqu'à la fin, quoiqu'il leur eût laissé la liberté de se retirer à leur tour s'ils le jugeaient à propos. L'un de ses apôtres le trahit : après cela, il n'y a pas lieu d'être surpris que son apôtre ait été" abandonné par un Phygellus, un Hermogène, unPhilétus. un Hyménée. Nous nous étonnons de voir ses églises délaissées par quelques personnes, mais ce que nous souffrons, à

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l'exemple du Christ, montre précisément que nous sommes chrétiens. Ils sont sortis d'entre nous, est-il écrit, mais ils n'étaient pas des nôtres; s'ils en eussent été, ils seraient demeurés parmi nous *. »

Le propre de l'hérésie est donc d'opérer un discernement entre ceux dont la foi est sincère, et ceux qui adhèrent à la relif^ion de bouche plutôt que de cœur. Les âmes se montrent à découvert dans ces moments de crise <jui en révèlent les secrètes dispositions. Telle chute éclatante qui étonne le monde, causerait moins de surprise si l'on pouvait savoir tout ce qui l'a précédée, car les antécédents d'un homme servent à expliquer sa conduite ultérieure. Assurément, Messieurs, cette maxime de Tertullien est fondée en raison, et l'expérience n'a cessé d'en confirmer la justesse. Il ne faudrait pourtant pas l'appliquer sans réserve, sous peine d'ouvrir la voie à des appréciations erronées. De ce qu'un homme est arrivé à trahir son devoir ou sa foi, il ne s'ensuit pas nécessairement qu'il ait été auparavant hypocrite et vicieux. La faiblesse humaine d'une part, Fintérèl et la passion de l'autre, suffisent le plus souvent pour rendre compte de pareilles défaillances, sans qu'on ait besoin de recourir à l'hypothèse d'une dissimulation antérieure. Ainsi, pour rappeler un grand exemple, je ne crois pas qu'on puisse conclure de l'apostasie de Luther que la foi catholique fût absente de son âme dans les premières années de son sacerdoce ; et si je ne craignais de faire injure à Tertullien en citant son nom après celui d'un homme quïl eût couvert de ses anathèmes, je m'appuierais également sur le contraste qui existe entre la première et la deuxième moitié de sa vie. Il y a tant de mobiles et de cir-

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