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constances extérieures qui influent sur les déterminations d(< la volonté, qu'on s'exposerait h de graves erreurs en voulant y chercher un plan de conduite parfaitement logique et toujours égal à lui-même. L'homme, disait Montaigne, est un animal ondoyant et divers, de telle sorte que les démentis et les contradictions se croisent dans le cours de son existence, Cependant, il est vrai de dire qu'au milieu de ces fluctuations il y a toujours un point invariable, et que, selon l'espression do Leibnitz, le passé est plus ou moins gros de l'avenir. Prenez tel hérésiarque que vous voudrez : vous trouverez dans les actes ou dans les écrits qui ont précédé sa chute, le germe de sa rébellion future, soit penchant pour l'orgueil, soit tendance à méconnaître ou à exagérer un point de doctrine; il vous sera facile de constater certaines dispositions intellectuelles ou morales qui, aidées par les influences du dehors, ont amené la défection. Et voilà, comme l'observe fort bien l'auteur du traité des Prescriptions, ce qui est de nature à diminuer l'étonnement que nous cause la chute de quelques personnages dont le talent et les services avaient réjoui l'Église : même à l'époque oii ils déployaient un si grand zèle pour Torthodoxie, ils n'étaient pas tout à fait tels qu'on les supposait. Tertullien aurait pu ajouter une autre considération : loin d'être surpris que des hommes d'intelligence eussent passé dans les rangs de Thérésie ou de l'incrédulité, il aurait fallu s'étonner du contraire, car l'orgueil est la grande tentation de la science ; et ce serait faire preuve d'une absence complète de coup d'œil psychologique, que de ne pas assigner aux causes morales une large part dans l'explication de la conduite des hommes.
Après avoir fait ressortir le côté providentiel des hérésies,
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et rassuré les âmes qui se laissaient troubler à la vue de ces soulèvements, Tertullien s'attache à montrer d'où proviennent ces maux qui afîligenl TÉglise. Sans doute, il n'embrasse pas son sujet d'un point de vue assez large, quand il rapporte à la philosophie grecque l'origine de tous les systèmes gnostiques ; nous avons vu, l'an dernier, que les religions orientales ont fourni de nombreux éléments à l'activité des sectes primitives *. Mais ce qui mérite tout éloge, c'est la précision avec laquelle il caractérise l'hérésie par rapport à la vraie foi. L'hérésie, dit-il, comme son nom Tindique, est un choix que l'on fait entre les vérités révélées, pour admettre les unes et rejeter les autres. L'orthodoxie, au contraire, accepte la doctrine tout entière, telle que les apôtres l'ont reçue du Christ et transmise à l'univers entier. D'un côté, chacun se fait sa croyance à lui-même, d'après les lumières de sa raison propre et au gré de sa volonté ; d'autre part, tous adhèrent au même symbole qui leur est communiqué par la voie d'un témoignage légitime. Or, le théologien du deuxième siècle a mille fois raison de dire, après l'apôtre, que l'hérétique trouve sa condamnation dans le procédé même qu'il emploie ; car il est contradictoire d'admettre que Dieu ait fait une révélation et d'en rejeter une partie. Choisir entre les vérités révélées, c'est supposer qu'il peut y en avoir dans le nombre qui soient des erreurs ; et alors que devient la véracité divine? voilà pourquoi l'hérésie est la plus illogique de toutes les positions que l'intelligence humaine puisse prendre sur cette terre. Ah ! si le christianisme était une philosophie humaine, une telle méthode se comprendrait : il y a du vrai et du faux
1. Saint Irénée et l'éloquence, chrétienne dans la Gavle an deuxième siècle, lerons xii"-' et xiii'.
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dans ce qu'enseignent les hommes. Mais les dogmes clirétiens, comme l'hérésie est obligée de le reconnaître, sont Tobjot d'une révélation divine ; par conséquent ils ont tous le même degré de certitude, tous un égal fondement dans la véracité do Dieu : en nier un seul, c'est les renverser tous, car le motif de crédibilité est identique de part et d'autre. Tertullien l'élève avec son énergie ordinaire la différence qui existe entre des doctrines humaines, laissées à la libre appréciation de chacun, et une révélation divine, qui doit obtenir l'assentiment de tous.
« Que je plains Aristote d'avoir inventé pour eux la dialectique, cet art également propre à édifier et à détruire, véritable protée dans ses sentences, forcée dans ses conjectures, bizarre dans ses motifs, fertile en contentions, contraire il elle-même, sans cesse défaisant tout ce qu'elle vient de faire ! De là ces fables, ces généalogies sans fin, ces questions oiseuses, ces discours qui gagnent comme la gangrène, et dont l'apôtre cherche à nous éloigner, quand il nous avertit formellement, dans son épître aux Colossiens, de nous tenir en garde contre la philosophie : Prenez garde que quelqu'un ne vous trompe au moyen de la philosophie et par de vaines séductions, selon la tradition des hommes et contrairement à la sagesse de l'Esprit-Saint. Il avait été à Athènes, où il apprit à connaître cette sagesse profane qui se vante d'enseigner la vérité, qu'elle corrompt ; il l'avait vue divisée en plusieurs Sectes, qui sont comme autant d'hérésies ennemies jurées les unes des autres. Mais qu'y a-t-il de commun entre Athènes et Jérusalem, l'Académie et l'Église, les hérétiques et les chrétiens ? Notre institution vient du portique de Salomon, qui enseignait, lui aussi, qu'il faut chercher le Seigneur dans la simplicité du cœur. Qu'ils s'arrangent entre eux, ceux qui
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préteiKlcnl nous composer un christianisme stoïquc, platonique ou dialectique. Pour nous, nous n'avons pas besoin (le curiosité après Jésus-Christ, ni de recherches après rÉvanp,ile '. «
On s'est souvent mépris sur le sens de ces paroles, commj; si le prêtre de Carthage avait voulu créer par là une sorte d'anlaponisme entre la raison et la foi, la philosophie et la religion. Telle n'est pas la pensée de l'auteur. Ce qu'il cherche à établir, c'est que le christianisme diffère des systèmes de philosophie par son origine et par son caractère, conséquemmcnt qu'il serait déraisonnable de vouloir appliquer à la révélation divine une méthode de discussion qui ne convient qu'aux sciences humaines. Or, rien ne paraîtra plus vrai à quiconque ne veut pas confondre deux ordres d'idées bien différents. Les hérétiques prétendaient traiter la parole de Dieu avec le sans-façon et la liberté que les philosophes mettent à discuter dans leurs écoles : ils n'acceptaient ni règle ni limites pour leurs investigations. Bref, c'est le principe du libre examen (jui servait de base à leurs procédés. TcrtuUien va les suivre sur ce terrain, avant de formuler contre eux l'argument de prescription.
Pour saisir le point précis de cette discussion préliminairCj il faut se faire une idée exacte du caractère commun à toutes les sectes primitives. Les gnostiques étaient des hommes qui, après avoir embrassé la foi chrétienne, ne se contentaient pas de garder ce qu'ils avaient trouvé, mais qui continuaient indéfiniment leurs libres recherches, en soumettant l'objet même de la foi à l'examen de la raison. C'est ainsi qu'ils arrivaient à défigurer l'Évangile, en imaginant des systèmes
1; De Prœscrlpt., mi:
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qu'ils donnaient pour la vraie doctrine du Christ et ([ui n'étaient que le fruit de leurs propres inventions. Pour justifier leur conduite, ils citaient des textes de TÉvangile, tels que ceux-ci : Cherchez, et vous trouverez; — sondez les Écritures, car elles rendent témoignage de moi, etc. '. La réponse que leur fait Tertullien est admirable de justesse et de netteté. Il distingue entre l'examen qui précède la foi et celui qui la suit : le premier est légitime : le second est absurde s'il a pour but de mettre en question l'objet même de la révélation. Oui, dit-il, cherchez, cherchez le Christ si vous ne le connaissez pas encore ; cherchez ce symbole de foi fixe et invariable que toutes les nations sont tenues d'admettre : tout cela ne demande point des recherches infinies. Mais, une fois que vous avez trouvé ce qu'enseigne le Christ, arrêtez-vous, mettez un terme à vos recherches, reposez-vous dans la certitude que procure une révélation divine, et ne faites pas à la parole de Dieu l'injure de la soumettre à un examen critique, comme si Dieu pouvait vous tromper ou se tromper lui-même.
« Toute cette discussion ^ dit Tertullien, peut se réduire à trois points : la chose même, ou ce qu'il faut chercher; le temps, quand il faut chercher ; le terme, jusqu'où il faut chercher. On doit chercher ce que Jésus-Christ a enseigné^
1. A vrai dire, Tertullien aurait pu se dispenser de réfuter l'dbjectiou que les hérétiques de son temps tiraient du texte dé S. Jlatthieu : Cherchez, et vous trouverez. L'explication littérale du passage, d'après ce qui précède et ce qui suit, aurait suffi pour montrer qu'il n'y est nullement question de recherche doctrinale, ui de libre examen. Le Sauveur y parle de l'efficacité d'une prière faite avec confiance, comme le prouve le verset 11 : « Si donc vous, quiètes mauvais, vous savez donner de bonnes choses à vos enfants, combieu plus votre Père céleste donnera-t-il ce qui est bdn à ceux qui le lui demaudent! >>
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})fiiduiil (jn'oii n'a i)as encore trouvé, et jusqu'à ce que l'on trouve. Or, vous avez trouvé du moment que vous avez cru, car vous n'auriez pas cru si vous n'aviez pas trouvé; comme aussi vous n'avez cherché que pour trouver, et vous ne trouvez que pour croire. Donc, en croyant, vous mettez fin il toutes vos recherches : le fruit même de vos recherches, quand vous l'avez recueilli, vous avertit de vous arrêter '. » On ne saurait mieux distinguer l'examen qui précède la toi de celui qui la suivrait : l'un ne constitue pas seulement un droit, mais un devoir strict et rigoureux pour tous ceux qui sont encore éloignés de la foi; l'autre serait une insulte à la divinité, s'il avait pour objet de discuter la vérité intrinsèque d'une révélation reconnue comme telle. Cette distinction est capitale, et il faut savoir gré à Tertullien de l'avoir posée si clairement. 11 y a un examen que la doctrine catholique déclare légitime, je dis plus, obligatoire : cet examen consiste à chercher où est la doctrine de Jésus-Christ, pour ceux qui ne l'ont pas trouvée; et le prêtre de Carthage va nous apprendre oîi et comment on doit la chercher. C'est ce que nous appelons l'examen des titres de la révélation ou des motifs de crédil)ilité. Mais il est un autre examen que l'Église repousse de toutes ses forces, parce qu'il est incompatible avec l'idée d'une révélation divine : cet examen, que Tertullien qualifie d'apostasie, consisterait à vouloir juger l'objet même de la révélation, pour en distinguer la vérité ou la fausseté. Or, Messieurs, voilà une question de simple bon sens et de bonne foi. Il est évident que, si Dieu a parlé, notre devoir est de nous incliner devant sa parole, à moins de nier son existence ou de nous révolter contre son autorité. Toute