X INTRODUCTION
période montaniste. Il y a donc lieu de se méfier des opinions de Tertullien moraliste et polémiste tout autant que de celles de Tertullien apologiste. Le montanisme a probablement encouragé certaines de ses tendances naturelles à l'exagération; c'est ainsi que nous trouvons dans ses dernières œuvres morales, non pas précisément plus de rigueur dans les réprobations, mais peut-être plus de minutie dans la recherche des interdictions ; il l'a éloigné de plus en plus des préoccupations terrestres et l'a absorbé de plus en plus dans l'attente anxieuse de la fin du monde, dans la préoccupation exclusive du salut.
Ces remarques nous conduisent à déterminer le point de vue de Tertullien quand il parle de son temps. On a justement observé qu'il est d'ordinaire « avare de claires allusions aux personnes et aux choses » de ce temps '. La cause en est d'abord dans ce qu'il n'a, pour en parler, ni système préconçu ni plan d'ensemble. Toutes ses œuvres sont œuvres de circonstances, complètes en elles-mêmes et indépendantes de leurs voisines; de là les contradictions qu'elles présentent. Cependant il peut, au premier abord, donner l'impression d'un esprit systématique. Il est absolu dans ses opinions, tranchant dans ses jugements, très serré dans sa logique, intransigeant dans ses prescriptions, du moins on le dit ^; un pas de plus et on touche au système exclusif, fermé, complet. Il ne faut pas faire le pas. C'est seulement le caractère de Tertullien qui est violent et absolu; sa logique est celle d'un polémiste : elle est forte, parfois même déraisonnable, mais elle change de sens très aisément; son intransigeance est une tournure de son esprit beaucoup plus qu'un fruit de ses réflexions ; elle est hors de tout système, car elle se transpose et se contredit. Ce qui peut donner l'illusion que j'essaie de détruire, c'est que Tertullien a dans l'esprit deux préoccupations tyranniques qui pèsent uniformément sur tous ses jugements : D'abord et avant tout, il est chrétien ; l'intérêt de la communauté chrétienne, la foi, la morale chrétiennes, le salut et la vie éternelle, sont les seules questions qui l'inté-