INTRODUCTION XI
ressent; c'est par rapport à elles qu'il examine toutes les autres, quand l'occasion les lui présente et sans qu'il les cherche jamais. En second lieu, il croit que le monde va bientôt finir. C'était là une espérance chère aux chrétiens de la première heure et elle était restée article de foi du montanisme; elle avait toujours dû plaire à Tertullien et il s'y attacha d'autant mieux qu'il vieillit davantage. C'est ce qui explique qu'ayant beaucoup démoli dans le siècle, il n'ait pas essayé d'y reconstruire grand chose; il n'a de pensée que pour la vie céleste. De ce qu'il considère toutes choses sous le même angle et de ce qu'il a une tournure d'esprit systématique, il ne s'ensuit pourtant pas qu'il ait un système. Ce qui le prouve, c'est qu'il existe des questions politiques et sociales, qu'un système du genre de celui que lui prête Charpentier, qu'un système quel qu'il fût, aurait certainement enfermées et qui ne sont pas abordées ou ne sont qu'effleurées dans son œuvre. Ce sont là des lacunes que les ouvrages perdus ne combleraient probablement pas.
C'est donc en présence de remarques isolées que nous nous trouvons placés; c'est avec une extrême prudence qu'il nous faut les examiner l'une après l'autre, pour en saisir le sens véritable, éliminer celles qui sont accessoires, réduire celles qui sont contradictoires et tirer du restant une impression aussi rapprochée que possible de celle que l'Empire, la société, le siècle ont pu produire sur Tertullien. Il est essentiel de ne jamais oublier à quel homme on a affaire '. C'est un chrétien d'une foi si robuste qu'elle résiste aux plus invraisemblables miracles ^, mais c'est un chrétien combatif et emporté; il le sait, il l'avoue et n'a pas la force de s'en corriger 3. En conséquence, il n'est jamais mesuré dans ses termes et la polémique amène sous sa plume des expressions qui dépassent parfois sa pensée. Un défaut d'esprit, aggravé par un défaut d'éducation, l'entraîne aussi dans le même sens; il est rhéteur iv; dans l'âme et très loquace "*; il arrive que son goût pour le