Aube, Les chrét. dans l'Emp. rom. pp., 95 et s
I l8 CHAPITRE III
goire de Tours, sur qui s'appuie la légende détruite par Aube, n'est pas une autorité décisive '. Que plusieurs martyrs aient souffert en Gaule, à l'époque de Sévère, c'est probable ; mettons, si Ton veut, que c'est certain, bien que nous ne soyons pas fondés à aller si loin dans l'affirmation ^; au moins est-il impossible de croire à une persécution générale dans cette partie de l'Empire, encore moins à une persécution organisée. Il faudrait supposer que toute trace certaine s'en est perdue et ce serait faire preuve d'une excessive bonne volonté.
Que dire des églises d'Asie? Certes elles se remuaient assez vers cette époque, et le montanisme, qui faisait rage parmi elles, n'était évidemment pas pour plaire au gouvernement ; cependant, voit-on qu'il y ait eu persécution en Asie? Pas du tout : on peut relever des exécutions d'isolés, des vengeances personnelles, comme celle Il de ce gouverneur de Cappadoce, dont nous parle Tertullien \ et qui " ne se consolait pas de ce que les chrétiens eussent gagné sa femme. N'était-ce pourtant pas, pour cet homme, le cas d'interpréter dans un sens de rigueur l'édit de 200 ? Rien ne nous autorise à penser qu'en vexant les fidèles il se soit appuyé sur un édit.
Que nous reste-t-il donc? Les souffrances affirmées de deux Églises, celle d'Egypte et celle d'Afrique. Eusèbe, qui paraît spécialement renseigné sur ce qui s'est passé dans la première, y insiste avec quelque complaisance '*. La persécution, nous dit-il, arrive la dixième année du règne de Sévère, c'est-à-dire en 202. Il semblerait naturel d'y voir une application de l'édit de 200 ; à cette date, en effet (202), l'Empereur était probablement en Egypte, ce qui rend la supposition encore plus plausible ; et cependant, à nous en tenir aux faits, elle n'est pas fondée. Il y eut des exécutions dans le pays; le père d'Origène, Léonide, fut décapité, mais il y eut surtout une grande émotion dans l'Église d'Alexandrie et un exode considérable de ses fidèles : Clément d'Alexandrie donna lui-même l'exemple. Il était le maître du didascaleion, c'est-à-dire qu'il était comme le chef avéré de la propagande chrétienne : il tombait directement sous le coup de l'édit tel que nous le présente Spartien, il était naturel qu'il s'enfuit. Mais à peine est-il parti que le jeune Origène ouvre école chrétienne à son tour et que plusieurs de ses élèves obtiennent la couronne du martyre \ Il s'en suit un violent mécontentement des païens contre Origène ; les amis d'un Jeune