Greg. Tur., H. F
viteurs, trouvent en cette vie les maux avant coureurs des justes souffrances de l'au-delà \
C'est vers cette idée simpliste, qui sera celle de l'Église du moyen âge, que nous conduisent tous les textes chrétiens, de TertuUien à Saint Augustin ; les épithètes n'y sont pas rares,non plus que la violence des jugements. L'une et les autres s'accentuent au moment de la crise finale, vers le début du iv^ siècle et surtout après que le triomphe a mis l'Église du côté du pouvoir. Les exemples pullulent ; je me contente d'en rapporter quelques-uns, qui me semblent caractéristiques. Voyez Saint Cyprien faisant l'éloge du pape Corneille : Il lui a fallu, dit-il, un grand courage pour accepter la chaire de Rome, alors qu'un tyran ennemi des prêtres de Dieu les menaçait de toutes manières ; Corneille lui a tenu tête et l'a vaincu \ L'auteur du De morte persecutoriim raconte que Domitien, tyran égal à Néron, a eu l'audace de s'en prendre aux serviteurs de Dieu, mais il l'a payée de sa vie et de l'abolition de sa mémoire après sa mort ^ Après beaucoup de bons princes, c'est-à-dire de princes non persécuteurs, il est arrivé un « animal exécrable » ' ; c'est Dèce, qui a persécuté les justes et ne peut être que mauvais. Rien de plus curieux, à ce point de vue, que de voir les opinions chrétiennes sur les Empereurs qui ont retardé le triomphe et, réciproquement, sur ceux qui l'ont favorisé et affermi. Gallien montre de bonnes dispositions à l'égard des chrétiens et il publie — peut-on dire — le premier édit de tolérance en leur faveur ' : il est le soleil et Macrien, son rival, c'est la nuée qui l'obscurcit ■'. Quant à Valérien, il a été révélé à Saint Jean; c'est de lui que veut parler V Apocalypse \ car c'est lui qui est l'homme à la grande bouche pleine de blasphèmes ^ Dioclétien a été un inventeur de crimes et un machinateur de maux, à la fois avare et lâche; tout est mauvais dans son gouvernement : sa politique économique, le maximum, la division nouvelle de l'Empire, l'extension des armées, son goût pour l'épargne et sa passion pour les bâtiments ^; il échappe à toute description ; c'est
1. Selon Saint Théophile, Ad. AiitoL, II, Sy, plusieurs poètes païens ont reconnu et annoncé ces châtiments ; c'est en cela qu'ils ont porté témoignage contre eux-mêmes et contre les impies.