Kap-6v sOTïÊsiaî : Eus., H. £., X, 9, i
fait régner la justice, c'est-à-dire la foi et abattu les idoles. Constantin d'abord, Théodose ensuite seront de tels princes '.
Au début du iii^ siècle, il ne nous faut voir encore en Tertullien qu'un chrétien qui juge les Empereurs; à la fin du iv« et au commencement du v% où nous avons été chercher la plupart de nos points de comparaison, c'est l'Église qui les pèse et le critérium du vieil apologiste n'a point gagné d'ampleur à ce progrès, car l'Eglise fonde son arrêt plus encore sur les relations du prince avec elle que sur ses rapports avec la foi ; l'exemple de Constantin, qui fut si peu et si mauvais chrétien, est tout à fait typique. Faisons un pas de plus : Constance II fut un chrétien convaincu, il défendit, par exemple, de consulter les devins sous peine de mort ", rien ne pouvait faire plus de plaisir aux véritables fidèles ; mais il fut arien et les évêques orthodoxes eurent fort à souffrir de lui, aussi écoutons en quels termes l'apostrophe Saint Hilaire ^ : « Constance, ta tyrannie dépasse les hommes, elle s'attaque à Dieu
même; tu marches devant l'Antéchrist et tu travailles à ses
œuvres mystérieuses O Néron, Dèce, Maximien, nous devons
quelque gratitude à votre cruauté, car, par vous, nous avons vaincu le diable ; mais toi, le plus cruel des cruels, ta rage nous fait plus de mal et nous rapporte moins.... tu es le plus scélérat des mortels et maintenant, loup rapace, écoute, voici le fruit de ses
œuvres etc. » L'œuvre est achevée, l'Église incarne la foi : elle
est le christianisme lui-même et elle juge le gouvernement uniquement par rapport aux services qu'il lui rend. Ce n'est pas le lieu de montrer comment s'est constituée cette puissance redoutable, animée d'un désir d'indépendance effréné et décidée à ne servir l'Etat que lorsque l'Etat la sert '' ; mais il est clair qu'elle n'était pas faite pour affermir l'Empire. Tertullien n'est que de son temps, bien entendu, mais, dès lors, la thèse chrétienne et ecclésiastique est assez précisée pour créer à l'État un très sérieux danger. La suite de notre étude accentuera cette conclusion.