‹ TertullienChapitre 122 sur 561 · Justin, II ApoL · texte numérisé non relu

Justin, II ApoL

l32 CHAPITRE IV

tait plus comme tel dès Tibère; au reste, les chrétiens ne s'occupaient guère de lui à ce point de vue, ils n'avaient à se soucier de lui que pour éviter ses colères aveugles et, dans ce cas, c'était à la populace plus qu'au peuple qu'allaient leurs défiances.

Chez Tertullien, il y a quelques indices d'une opinion sur le sénat et sur le peuple ; ils prouvent assez clairement qu'il n'aime ni l'un ni l'autre. Le sénat, c'est lui qui, par une sotte susceptibilité, a réduit à néant les bonnes intentions de Tibère et l'a empêché de reconnaître la divinité du Christ ' ; la curie n'est qu'un nid d'intrigues, si bien que le souhait le meilleur qu'un chrétien puisse former pour l'Empereur, c'est celui d'un sénat fidèle \ Tertullien pouvait d'ailleurs savoir ce qu'il faisait en parlant si librement, car Sévère n'avait aucune tendresse pour le sénat, qui ne s'était rangé de son parti que contraint et forcé et qui lui avait, depuis lors, toujours manifesté plutôt une soumission très plate qu'une fidélité sincère. Ce malheureux corps déchu n'a que la ressource des faibles mal résignés : l'intrigue. Le peuple, c'est cette bande de forcenés qui, méconnaissant la divinité du Christ et poursuivant ses serviteurs du nom redoutable d'ennemis du peuple ', sait en même temps clamer bien haut des vœux hypocrites pour le souverain ^ et souhaiter sa mort, au [besoin même la hâter, pour avoir largesse nouvelle d'un règne nouveau ■'. 11 est à peine besoin de faire ressortir le caractère gouvernemental de ce réquisitoire : Tertullien veut se concilier les autorités, tout en disant ce qu'il pense. La glorieuse formule S. P. Q. R. ne lui rappelle plus les grands souvenirs qui faisaient supporter aux vieux Romains l'abaissement présent de ceux qui s'en paraient encore ; il sait être, lui, clairvoyant dans la haine et il les voit comme ils sont, ce sénat, qui porte d'un maître à un autre une fidélité toujours chancelante et ce peuple de Rome vénal et avili.

Si le sénat et le peuple avaient perdu leur prestige, la loi avait gardé le sien et sa majesté durait encore, malgré l'absolutisme impérial qui la méprisait quelquefois ^ Sans doute, tous les Romains du iii« siècle ne portaient pas au cœur cette religion de la loi qui empêcha Socrate de quitter sa prison, cependant la notion de l'État était encorej assez claire pour que la loi conservât son

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