Pétri, 13-17; /îom., XIII
4. Ad nat., I, 2 : Solclis inaccusatos et indefensos non temere damnare.
LES ORGANES GÉNÉRAUX DE l'eMPIRE iSy
de n'être pas compris, ils se contentent d'explications en l'air ou se plaisent aux sermons incompréhensibles pour un Romain, car ils dédaignent d'étaler leurs perles devant les pourceaux '.
Au reste, et l'apologiste l'avoue, tous les magistrats ne sont pas mal disposés à l'égard des fidèles. Certains cèdent, non à leur passion, mais au désir d'être populaires : ils flattent, en persécutant, les préjugés et les haines de la foule "" . D'autres agissent sous le coup de quelque contrariété personnelle; c'est ainsi qu'un gouverneur de Cappadoce se met à persécuter parce que les chrétiens ont converti sa femme^ D'autres, enfin, sont simplement indulgents: ils considèrent les chrétiens comme des fous et ne sévissent contre eux que lorsqu'ils ne peuvent faire autrement ". Les exaltés, qui, se trouvaient ainsi frustrés du martyre, n'étaient pas satisfaits; mais les modérés et les prudents d'entre les frères, c'est-à-dire le plus grand nombre, ne pouvaient que souhaiter de voir s'étendre une telle indulgence. Tertullien, qui n'est intransigeant que lorsqu'il n'est pas apologiste, rappelle à Scapula l'exemple de ceux-là de ses collègues qui ont su allier leur devoir et l'humanité ; c'est pour qu'il les imite. Ceux qui sont sans pitié. Dieu les attend et sa main, qui s'appesantit sur eux ici-bas ■', les écrasera de tout son poids dans l'autre monde ^ C'est toujours la consolation que Tertullien offre aux chrétiens, chaque fois qu'il est obligé de constater une de leurs souffrances. Ici, il leur en offre une autre, d'ailleurs plus noble, car il va la chercher dans la résignation et la conscience chrétienne. Qu'importe — dit-il en substance — une sentence injuste ? Si les païens nous condamnent, Dieu nous absout '.
Mais, si tant de maux pouvaient sortir pour l'Église de la législation romaine, de la justice romaine et de la volonté des magistrats romains, comment devaient se comporter les fidèles, dans la vie courante et hors de la persécution, vis-à-vis de ces sources de persécution? Devaient-ils n'y recourir jamais et rejeter en bloc ce qui, à leurs yeux, était si mauvais en quelques parties? 11 est bien difficile de déterminer ce qu'en pense Tertullien et il n'est pas sûr qu'il ait sur la question une opinion ferme ; cette incertitude s'explique, car, si son caractère le poussait à adopter la doctrine de
1. De praescr. Iiaeret., 41 ; Ad Uxor., II, 5 ; Le Blant, Actes des Martyrs, pp. 33 et s.