‹ TertullienChapitre 131 sur 561 · De pallio · texte numérisé non relu

De pallio

2. De piidicitia, 2. Tertullien dit : L'apôtre Saint Paul va jusqu'à reprocher à ses frères de ne pas porter leurs différends devant les saints : incrcpans etiam quod fratres non apud sanctos iudicarentur (/ Cor., VI, i). Adiiciens enim inquit, ad quidmihi eos qui foris sunt iudicare?(/ Cor., Y, 12). Notre auteur peut être entraîné ici par sa citation même, car, ailleurs, dans le De piidicitia, il se plaint du relâchement des lois morales; je pense qu'il ne se plaindrait pas s'il n'admettait ces lois qu'en principe, vu que ce qui est susceptible de se relâcher, ce n'est pas tant la loi que son application.

S. On a pu remarquer que nous n'avons rien dit de l'administration provinciale : Tertullien n'en parle réellement pas, parce que les chrétiens n'avaient guère à considérer que le juge dans le magistral représentant du pouvoir central. Dans la conclusion qui clôt ce chapitre, nous essaierons de dégager l'opinion de Tertullien sur la prospérité de l'Empire et nous pourrons peut-être entrevoir ce qu'il pensait, sinon de cette administration provinciale, au moins de ses résultats.

LES ORGANES GÉNÉRAUX DE l'eMPIRE I Sg

ans plus tôt. Ce phénomène ne s'explique pas seulement par la bienveillance de Constantin; la raison en est surtout que, dans le sein même du christianisme, il s'était développé une puissance de gouvernement, l'Église. Tout en se formant, elle avait amoindri l'individu et elle devait arriver à l'annuler, à plier les initiatives des fidèles, sous sa discipline unique; elle tendait constamment à remplacer par la conception de son pouvoir établi et durable, la vieille illusion des premiers chrétiens, chez lesquels l'individu tenait tant de place et qui se berçaient de l'espoir de voir bientôt finir le monde. L'Église et l'État s'entendirent ; mais dans le compromis qu'ils passèrent, on peut douter si le christianisme ne perdit pas plus qu'il ne gagna. Évidemment il y gagna la paix, la victoire, les honneurs pour ses prêtres, la protection de l'Etat, même les moyens de devenir persécuteur à son tour, mais il y perdit l'indépendance. L'Église qui avait déjà, dès l'époque de TertuUien, de sérieuses tendances à être un véritable gouvernement et une puissance en soi, fut, après le triomphe, en quelque sorte saisie par l'État, attirée vers lui par une force invincible. Elle se prit vite à le copier : de pasteur simple et bénévole qu'il était jadis, l'évêque devint un seigneur, mêlé aux grands du siècle, intéressé, comme eux, à l'ordre et à la fortune de l'État; alors il usa de son pouvoir pour assurer l'une et l'autre. Maître des âmes, il pesa sur elles pour les pousser dans des voies, certes nouvelles pour les fidèles de la pure doctrine, mais qui étaient déjà suivies par de nombreux chrétiens; elles conduisaient à l'exécution du dessein qui paraissait maintenant souhaitable à l'Église : assurer sa force dans un État chrétien. Comment un tel changement de point de vue se produisit-il ?

Nous avons vu que les écrivains chrétiens les plus anciens et les plus vénérés, ceux mêmes qui répétaient les propres paroles du Maître, affirmaient très énergiquement la nécessité du gouvernement et du principe d'autorité : la conception d'un État chrétien est sortie de là tout entière et elle dut naître en l'esprit de beaucoup de chrétiens quand ils furent assurés que la fin du monde n'était pas réellement proche. Sur le principe d'autorité, les fidèles des premiers siècles ne varièrent jamais, parce que l'Écriture elle-même donnait une inébranlable fixité à leur opinion : l'autorité du gouvernement est nécessaire et il faut respecter ceux qui la détiennent. Saint Justin l'avait dit ', Saint Cyprien le répète % Origène le confirme ', en

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