‹ TertullienChapitre 132 sur 561 · Justin, I Apol · texte numérisé non relu

Justin, I Apol

2. Cyprien, Testim., III, i3, qui cite Exode, XXII, 27. i. Orig., C. Celse, VIII, 65, qui cite Rom., XIII, 1-2.

ajoutant qu'il ne faut point môler au respect qu'on doit aux puissances la servilité et les coupables complaisances dont on achète souvent leur faveur. Cette tradition constante n'est contrariée que par quelques déclarations de martyrs, qui ne sont pas toutes très aisées à contrôler ; elles servent pourtant à montrer de quelle manière le précepte de soumission, même appuyé sur des textes sacrés, pouvait être violé par des individus '. Entre ces isolés, sans sagesse, exaspérés par la douleur et bientôt disparus, et l'Église qui formait corps, savait ne pas tenter l'impossible, demeurait et voulait vivre, ce fut aux premiers siècles une lutte, parfois inconsciente de part et d'autre, mais néanmoins acharnée. La victoire ne pouvait guère être douteuse, car tous ceux qui ne cessaient pas d'être hommes en devenant chrétiens se rangeaient du côté de l'Église. Son opinion sur le gouvernement, postérieurement au triomphe, tient en peu de mots : « Celui qui insultera l'Empereur ou un magistrat subira un châtiment : s'il est clerc, il sera déposé, s'il est laïque, excommunié \ » L'Écriture ne faisait du respect des puissances qu'une obligation de conscience et des chrétiens avaient pu conquérir la palme de gloire en bravant leurs ordres et même en leur criant leur refus d'obéir ; l'Église continua à honorer ces martyrs, mais elle n'encouragea plus personne à les imiter, car, à l'obligation morale, elle ajouta une sanction pénale : puisque l'État la protégeait, elle le payait de retour et le fortifiait de toute la force du droit divin. Elle fit plus, non seulement elle réclam.a de lui la justice, c'est-à-dire la punition des méchants, mais encore elle exigea qu'il eût la force, faute de laquelle il ne saurait être « qu'un pieu mal enfoncé en terre, sans contrefort, incapable de supporter le poids qui pèse sur lui, et qui s'abat » ; la populace s'agite sans discipline et le peuple erre sans lois, ce qui fait deux grands malheurs ', — dont l'Église souffre la première.

Du sénat et du peuple, i] ne saurait être question, ces deux corps n'ayant réellement pas d'existence indépendante de la souveraineté divine de l'Empereur; le respect dû à l'Empire ne saurait plus s'exprimer que par la fidélité et l'obéissance à ses lois. L'heure était passée où une chrétienne s'écriait au milieu des tortures : « Je n'ai souci que de la loi de Dieu que j'ai apprise. Je lui garde ma foi, je mourrai pour elle, je suis consumée en elle, il n'en est point d'autre

1. Exemple : Julius, martyrisé en Moesie vers 3o2, dit : non possum excedere praecepta divina et intidelibus parère. Acta S. Jtilii, etc., I (Ruinart) de même dans Acta S. Taraclii, etc. IX (Ruinart) : Andronicus dixit : Ego maledixi et malcdico potestatcs et sanguibibulos; et il appelle sur eux la colère de Dieu. Etc.

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