LES ORGANES GENERAUX DE L EMPIRE I4I
qu'elle '. » Désobéir à la loi, Origène l'avait avoué, c'était mépriser le législateur; mais, ajoutait-il, puisqu'il faut choisir, mieux vaut mépriser Mammon que Dieu, car, l'Apôtre l'a dit, nous ne pouvons servir à la fois Mammon et Dieu '. Or, un jour se lève où ces deux ennemis sont réconciliés. Que faire? Abolir la vieille opposition qui a pour elle l'autorité apostolique et la consécration du sang des confesseurs? L'Église ne le put ni ne le voulut, car c'eût été engager l'avenir et s'asservir délibérément à l'État ; mais elle la laissa pratiquement tomber. Saint Augustin parle bien encore de l'opposition entre la loi divine et la loi humaine et il conclut dans le même sens qu'Origène; mais il n'est à ses yeux de gouvernement légitime que celui qui obéit à Dieu '; or l'Empereur de son temps est chrétien; sa remarque veut dire seulement que la loi divine et la loi humaine coïncident dans l'Empire. L'Église prend vis-à-vis de la loi une attitude humaine : elle se contente de la vouloir juste et de proclamer qu'elle doit être supérieure à tous, même à l'Empereur qui la fait et qui doit être le premier à la respecter ''. Cela ne revient-il pas aux antiques affirmations de la souveraineté de la loi, qui est la meilleure garantie de la liberté de tous ? Pourtant, il était contraire à l'esprit du christianisme d'admettre la souveraineté de la loi humaine. L'Église, qui n'est point toute à l'autre vie, qui fonde sa puissance sur la terre, se mêle à la politique et fait plier devant le pouvoir humain « la loi chrétienne de l'amour ^ », c'est-à-dire les prescriptions évangéliques, n'incarne plus le christianisme des premiers âges ; elle a, pour ainsi dire, sécularisé la foi et ce sont des citoyens autant que des chrétiens qu'elle prétend conduire dans les voies du salut. Les âmes ardentes et pures, éprises du rêve évangélique, doivent fuir le monde et la vie monastique devient ainsi une nécessité chrétienne.
La première marque de soumission qu'on puisse donner à l'Etat, c'est d'accepter sa justice : l'idéal apostolique avait été de constituer parmi les fidèles une société si vertueuse et si fraternelle que, n'ayant jamais de procès, elle n'aurait jamais eu besoin de tribunaux. De très bonne heure, l'illusion de la concorde chrétienne dut
1. Acta SS. Saturnini, Dativi, etc., VI (Ruinart.) — Sentiments analogues ap. Acta S. Ma.vimi, I (Ruinart).
2. Orig. C. Celse, VIII, 56. Ailleurs : C. Celse, Y, Sy, Origène admet volontiers qu'on obéisse à la loi humaine, mais seulement tant qu'elle n'est pas contraire à la loi que Dieu a gravée dans le cœur du chrétien.
3. August., Confess., III, 8, i5; III, 9, 17 : Quis dubitet esse faciendum (ce que Dieu ordonne) quando ea iusta est societas hominum quae servit tibi.
4. F'seudo Cypr., De diiod. abus, saec, 9 : nonus abusionis gradus est rex iniquus. Ambros.,£';;/5/.,I, 21, Valentiuiano, g : Quod cum praescripsisti aliis, praescripsisti et tibi. Leges enim imperator fert, quas primus ipse custodiat.