‹ TertullienChapitre 136 sur 561 · Ambros., De offic. ministrov . , L. II et III · texte numérisé non relu

Ambros., De offic. ministrov . , L. II et III

5. Athenag, Leg. 33, n'admettait même pas qu'un chrétien assistât à l'exécution d'un criminel.

6. Ambros., In Psalm. XXXVII, 5i : ludici non licet in plurimis causis e gladio temperare, quia legi servit; potest tamen lucrum donare poenarum. — Hieron., Comment, in Jerem., IV, 22 : Homicidas et sacrilegos et venenarios punire non est effusio sanguinis, sed legum ministerium.

7. Concil. Eliberit., Can. LXXlll et'^LXXlV, ap. Mansi, II, p. 17.

8. Sur quelques-unes des plus surprenantes voyez : Duchesne, Les flamines chrét., dans les Mél. Rénier ; j'y reviendrai.

9. Tertullien \m-méme {Ad Scap., 4) signale avec quelque complaisance les services rendus par des chrétiens aux personnes de distinction (honesti viri) et il ajoute : de viilgaribus enim non dicimiis ; ce qui veut dire : ils en ont rendu aussi à de petites gens, mais il est inutile d'en parler. — Eusèbe, à propos des martyrs de la Thébaïde, qui souffrirent sous Dioclétien,nous dit que tous sont

courage en affrontant les puissants du siècle, ainsi que fit Saint Ambroise devant Théodose, mais jamais elle ne mit son idéal dans la faiblesse du magistrat chrétien; au contraire, elle le souhaita toujours ferme et vigilant, afin d'en être efficacement protégée.

Nous comprenons maintenant quel chemin a été parcouru depuis Tertullien et nous voyons la place qu'il occupe au milieu de la route. En se réservant le droit et le devoir d'examiner devant sa conscience toute loi humaine, de l'accepter ou de la rejeter, Tertullien avait une conception très haute et très vraie de la foi chrétienne; il sentait qu'elle devait échapper à la contrainte de l'État, parce qu'elle pose à l'homme une série de problèmes de conscience qu'il doit résoudre librement. Mais le christianisme de son temps est pour ainsi dire à un carrefour et il ne sait encore quelle voie prendre.

Il suffit, pour saisir cette hésitation, de comparer Tertullien et Clément d'Alexandrie : avec le premier, la foi et la pratique chrétiennes tiennent encore plus du ciel que de la terre ; avec le second, elles se rapprochent des humbles nécessités d'ici-bas '. Le christianisme peut donc encore choisir entre détourner ses regards du monde, s'abîmer dans la stérile espérance d'une fin prochaine et dans les rigueurs d'une intransigeance intraitable, mourir en s'abstenant, être montaniste enfin, selon le cœur de Tertullien ; ou bien continuer à exalter la joie du ciel et les mérites des élus, mais regarder un peu aussi vers la terre, reculer les espérances suprêmes et, en attendant leur heure, vivre d'une vie humaine, gagner l'État pour subsister en lui, comme tout le monde, et, sans toucher aux principes qui pouvaient faire obstacle à cette conquête, modifier leur application. C'est dans

évidemment dignes d'admiration, mais que ceux-là sont particulièrement dignes de louanges qui, riches et nobles, fameux par leur éloquence ou leur science philosophique, ont mis au-dessus de tout cela la pieté et la foi envers notre Seigneur et Sauveur : H. E., VIII, 9, 6. — Dans les Acta Mart., il arrive très souvent que l'auteur fasse remarquer que le martyr est insignis, clams, nobilis, ingcnmis, etc. Ex. : Passio SS. Firmi et Riistici, I (Ruinart): ... et hic erat nobilissimi génère natus, notissimus Imperatori, substantia autem eius erat copiosa valde. — Polycarpc, sollicité par le proconsul d'instruire le peuple dans la religion chrétienne, lui répond qu'il veut bien l'instruire, lui proconsul, parce qu'il a appris à rendre aux puissances l'honneur que Dieu permet; quant au peuple, il est indigne de l'entendre : Èxstvo'ji; 6è o'Jx à;io'j; r.Yoûaa'. ■zo'j àTTO^ioyelijQai a'jxoï; (Eus., H. E., IV, i5, 21 et s.).

^i. A la fin du xix<= siècle, Tolstoï, en est revenu, par une simple étudcKle VÉvangile, au point où était Tertullien à la fin du 11°. Selon lui, le chrétien ne peut rien promettre d'avance aux lois humaines changeantes, « parce qu'il ignore à quel moment la loi chrétienne de l'amour pour laquelle il vit, lui demandera quelque chose et ce qu'elle lui demandera ». {Le salut est en vous, p. 227.)

LES ORGANES GÉNÉRAUX DE l'eMPIRE 146

cette voie que s'est engagée rÉglise et, si, en la suivant, elle a peut-être faussé le vrai christianisme, elle est parvenue à atteindre, par dessus l'éternité et l'universalité romaines, cette formidable catholicité, que notre apologiste osait à peine entrevoir.

IV. — Nous venons de passer en revue tout ce que TertuUien dit d'essentiel sur l'Empire, l'Empereur et le gouvernement impérial. Nous devons remarquer d'abord que, dans cette série de réflexions éparses que nous avons essayé de grouper et de coordonner, des questions fort importantes sont à peine effleurées ; d'autres sont complètement laissées de côté. C'est ainsi, par exemple, que nous n'avons rien rencontré de relatif au gouvernement des provinces. La raison en est que TertuUien, comme les chrétiens qui ont écrit avant lui, se contente d'examiner au fur et à mesure que l'occasion les présente, les questions sur lesquelles le christianisme et l'Empire se pouvaient trouver en désaccord. C'est à cet unique point de vue que l'Empire l'intéresse : c'est pourquoi rien n'est plus éloigné d'un système que la critique qu'il en fait.

En second lieu, nous constatons que tous ses efforts pour concilier les principes de l'Empire et les convictions des chrétiens, n'aboutissent qu'à accentuer davantage une contradiction qu'il comprend lui-même irréductible ' et à prouver tout justement le contraire de ce qu'il faudrait bien, à savoir qu'il n'y a point encore entre le christianisme et l'Empire de terrain propre à fonder une entente. Consciemment ou non, en dépit de ses protestations, quelle que soit au fond la bonne volonté qu'il a peut-être, Tertullien est un révolutionnaire et un ennemi de l'Empire romain, parce que la loi de son Dieu la force à nier les principes mêmes de cet Empire et qu'il a placé le service rigoureux de ce Dieu avant l'obéissance civique ; parce que sa foi le contraint à établir entre les princes une distinction- autrement profonde que celle que les Romains eux-mêmes faisaient entre les bons et les mauvais Empereurs; parce qu'il prétend choisir entre les ordres de la puissance séculière et n'accepter parmi les lois d'un État, en partie fondé sur une religion, que celles qui peuvent s'accorder avec une autre religion très intolérante.

Cependant, puisqu'on ne saurait contester à l'Empire les droits qu'il a, de par Dieu, à l'existence et à la durée, on peut se demander comment, en définitive, il use de ses droits, comment il gère

I. ApoL, I. La vérité n'est pas de ce monde : scit se peregrinam in terris agere, inter extraneos facile inimicos invenire, ceterum genus, sedem, spem, gratiam, dignitatem in caelis habere.

les affaires humaines, et si elles vont bien ou mal sous sa direction. Cette question ne semble guère intéresser les chrétiens ; puisqu'ils sont hors de ce monde par l'esprit \ ils n'ont point à se soucier de ce qui s'y passe. Toutefois, il leur était pratiquement impossible de garder une indifférence absolue à l'endroit des événements qui se déroulaient dans l'Empire, parce que, vivant en lui, ils n'étaient pas plus à l'abri que le commun des hommes des maux qui le frappaient \ Ils protestaient volontiers, sinon contre cette communauté de misères que les païens leur faisaient remarquer non sans ironie, mais au moins contre les conclusions que ceux-ci en prétendaient tirer ''. Il y a — disaient-ils — dans le monde une certaine somme de biens et de maux : les biens, il en faut rapporter l'existence à la présence des chrétiens ; les maux sont uniquement imputables à celle des païens \ Mais biens et maux sont indivis, communs, jusqu'au Jour du jugement dernier qui, payant chacun selon ses mérites et séparant les bons des méchants, fera le définitif départ entre le bien et le mal ^

Jusqu'au triomphe de l'Église, les chrétiens purent être portés à croire que tout allait mal dans le monde. D'abord, ils vivaient dans l'attente de la fin du monde. Cet événement heureux devait, selon leurs croyances, être annoncé par des présages terribles, des guerres et des maux multiples ^ Ils prirent souvent leur dé-

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