‹ TertullienChapitre 138 sur 561 · LES ORGANES GENERAUX DE L EMPIRE I · texte numérisé non relu

LES ORGANES GENERAUX DE L EMPIRE I

sir ' pour la réalité et virent le signe des temps promis dans des accidents de portée médiocre \ Les troubles fréquents, les sanglantes guerres civiles de TEmpire fournissaient une ample matière à leurs sinistres prévisions. Leur observation malveillante découvrait les pires vices dans l'âme de leurs contemporains ; il leur suffisait de les généraliser pour imaginer que la morale publique ne pouvait descendre plus bas '. En second lieu, jusqu'à l'édit de Milan, ils demeurèrent, au milieu des païens, dans une situation inférieure et souvent critique ; ils inclinèrent naturellement à penser que personne n'était très bien dans l'Empire, puisque eux-mêmes y étaient mal \ Certains d'entre eux en venaient même à croire que les calamités du monde, n'ayant d'autre origine que son impiété, devaient aller en augmentant tant que les hommes mépriseraient

qui affirment la même idée sont très nombreux; voy. partie. Orac. SibylL, net. III, 388 et s. ; IV, 117 et s.; Hippolyle, Ttspl -zr^z ffuvTsTiôiac; toù xdff[xou, ap. Lact., Inst. div., VII, i5 et s.; Irénée, Adv. omn. haer., V, 2g, i; Commodien, Cai-m. ApoL, 8o5 et s.: August., Epist., II, 122, i; Epist., III, 197, 2 et s. ; 198, 5 et s. — Toutefois, il existe dans le christianisme une autre tradition dont je trouve l'expression première dans la Didaché, XVI, i : la venue de Dieu sera brusque et inopinée, c'est pourquoi les fidèles doivent toujours se tenir prêts à le recevoir : où yàp oIôol-zz zr^v wpav èv r, h x'jpto; -fifiôiv spysxai. — S. Jérôme, par exemple, se range à cette opinion et l'affirme plus nettement encore, Epist., CXIX, 8 : medio noctis, securis omnibus, consummationem mundi esse venturam. — Les chrétiens essayèrent souvent de calculer la date de la fin du monde, mais leurs opinions demeurèrent toujours assez divergentes ; voy. Irénée, Adv. omn. liaey.,Y, 28, 3 ; August., 5e)-mo, XCIII; Ambr., In Apocal. expos., visione quinta, vers., 4 ; Hilarianus, De miindi diiratione, XVI.

1 . Ils devaient, en effet, à ce point de vue souhaiter que tout allât mal : De idoL, i3 : saeculo autem gaudente lugeamus et saeculo postea lugente gaudebimus.

2. Les chrétiens ont, en effet, prédit la fin du monde à chaque instant; voyez partie. : iViath., XXIV, 34; Apocal., XXII, 21-22 ; / Pétri, IV, 7; Rom., XIII, ïi-i^\I Thessal.,\W, i5 et s. ; ledébutde // Thessal., semblerait même prouver que les Thessaliens mettaient quelque impatience à attendre le grand jour; Barnabe, 2, 4, 8, 2 i ; Justin, Dial. c. Trypli., 02 ; Cyprien, Ad Fortitn., i ; Ad Demetrian., 3, 4, 23; De catliolicae eccles. unit., 16; Epist., LIX, 7, etc. Certains donnaient d'ailleurs à leurs prévisions une imprécision prudente : Hermas, Pastor, Vis., III, 8. Saint Augustin, répondant à Hésychius, cvêque de Salonne, qui voit les signes de l'approche du Seigneur dans les malheurs du temps, reprend la question avec beaucoup de bon sens ; il montre que son époque n'a pas le privilège des grands maux, que chaque siècle a eu les siens et qu'il ne faut pas s'exagérer de semblables terreurs : August., iip/5?., III, 199, 35 ; 36; 54. Cependant Saint Martin annonçait, dit-on, que l'Antéchrist était né et qu'il régnerait quand il serait parvenu à l'âge d'homme : Sulp. Sev., Dial., II, XIV.

3. Le portrait des hommes des derniers temps que nous trouvons dans // Thimothée, III, i et s., peut tout aussi bien s'appliquer à nos contemporains qu'aux Romains de l'Empire : ce sont banalités de moraliste ; on en pourrait dire autant des remarques de Cyprien, Ad Demetriam, 4, par lesquelles il prétend prouver que la race humaine s'abâtardit. Voir le chapitre de cette Étude consacré à la ^morale.

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