Ad Scap., 3 : ... intérim localem esse
l5o CHAPITRE IV
encore : le mal triomphe partout, les mœurs même se perdent : c'est la lin de toute vertu '. Mais au moment où TertuUien écrivit cet ouvrage, il était sans doute âgé; il pouvait être frappé par le désordre moral et matériel qui suivit la mort de Sévère, en tout cas, il était franchement montaniste et il attendait de jour en Jour la fin du monde; il était aigri par ses querelles avec les orthodoxes et par le spectacle de ce qu'il croyait la corruption de l'Église ; il voulait enfin faire œuvre de moraliste, préoccupation qui conduit presque nécessairement à l'exagération.
De ces trois impressions, quelle est la vraie, je veux dire quelle est celle qui est conforme à la vérité des faits ? Peut-être aucune ; mais peu nous importe, car, en ce moment, nous ne cherchons pas chez TertuUien des renseignements précis sur l'état véritable de l'Empire, mais seulement des indications sur ce qu'il en a pensé. Or, les opinions de ce genre dépendent moins des faits qui devraient les fonder que de l'état d'esprit de celui qui les exprime : tous les yeux ne regardent pas et ne voient pas de même; nous croirons alors volontiers que c'est vers l'impression exprimée par le De piidicitia que TertuUien a toujours dû pencher, parce que, là comme ailleurs, il a dû surtout juger en chrétien et n'a pu penser que tout allait bien dans l'Empire tant que Rome, nouvelle Babylone, faisait la guerre aux saints de Dieu \
Tel sera, en effet, le point de vue ordinaire des fidèles jusqu'au jour où l'Empire lui-même sera chrétien ; alors chacun suivra les inclinations de son caractère : les pessimistes et les exagérés continueront à dire, et disent encore, que tout va de mal en pis ; les modérés et les hommes de bon sens répéteront, avec Saint Augustin, qu'en définitive tous les temps ont leurs malheurs et leurs joies, que la moyenne des peines et des bonheurs humains, pour être aujourd'hui moins bonne que celle d'hier, ne s'en éloigne cependant pas assez pour que la tristesse de ce jour présage l'imminence de la fin du monde l Pourtant les chrétiens considéreront toujours volontiers que les biens et les maux étant des dons de Dieu, celui-ci les envoie aux hommes comme des récompenses ou des châtiments : c'est pourquoi le règne des bons princes sera toujours considéré par l'Église sous un jour favorable et celui des mauvais, réputé temps de désastres et de misères ^
1. De picdic, I... omne animi bonum aut nascitur aut cruditur aut cogitur. Scd ut mala magis vincunt, quod uUimorum tcmporum ratio est, bona lam ncc nasci licct, ita corrupta sunt semina, nec erudiri, ita déserta sunt studia, nec cogi, itaexarmata suntiura... moderatio libidinum pudicitia crcdatur.