A L'EMPIRE
(^I.jLes chrétiens peuvent-ils résister par la force aux maux qu'ils endurent? — II. La persécution, son origine ; la fuite en temps de persécution ; sens des ^^ctrines de TertulUen. — III. Evolution des idées chrétiennes après lui sur la persécution. — jvJ Les troubles et les révoltes dans l'Empire ; la soumission chrétienne , opinions de TertuUien et traditions de l'Eglise. — V. La passivité de TertuUien, sa portée.
I. — A lire les œuvres de TertuUien, et généralement celles des chrétiens qui vécurent avant le triomphe de l'Église, quelquefois même de ceux qui vécurent après, nous avons l'impression que les fidèles ne sont pas heureux dans l'Empire, qu'ils y sont inquiétés dans leur foi et même dans leur personne, que les pouvoirs publics, comme le peuple, ne négligent guère d'occasion de les dégoûter du christianisme et qu'ils ont conscience d'être injustement frappés '. Or, TertuUien répète plusieurs fois avec complaisance que les chrétiens sont très forts, marchant avec Dieu, qu'ils sont très nombreux, étant partout, et que le monde serait épouvanté de sa solitude s'ils se retiraient de lui \ S'ils sont vraiment tels et . puisqu'ils sont menacés Jusque dans leur vie, ne pourraient-ils, ne devraient-ils pas résister, ne serait-ce que pour imposer aux païens la vérité par la force ? TertuUien ne le pense pas, non seulement parce qu'il sait bien que ce n'est pas possible, mais encore parce qu'il ne croit pas que ce soit conforme à la volonté de Dieu et
1. Les textes pullulent, mais voy. particul. : Athenag, Leg., i, 2; Méliton, ap. Eus., H. E., IV, 26, 7 et s.; Ad Scap., 4; Arnobe, Adv. nat., IV, 36.