ApoL, 37; Ad nat., I, i
l52 CHAPITRE V
selon l'exemple que son Fils a donné sur la terre '. Dieu veut que ceux qui croient en lui, soient patients et doux et qu'ils endurent les injures, car le Christ a souffert sans se plaindre et son règne doit être un règne de paix \ Ce fut cette opinion qui contribua surtout à distinguer extérieurement les chrétiens des Juifs '' et c'est elle qui explique les idées de Tertullien sur la persécution, comme sur la participation des fidèles à toute résistance élevée contre l'Empire ou l'Empereur.
II. — Qu'elle fût réelle ou seulement menaçante, issue d'un édit impérial, de l'initiative d'un gouverneur ou d'un tumulte populaire, la persécution était toujours assez près du chrétien pour qu'il lui fût impossible de ne pas l'envisager. Il n'était point difficile de faire le total des maux qu'elle apportait et de la définir humainement, mais, pour marquer son sens véritable selon Dieu, il fallait d'abord savoir d'où elle pouvait venir.
L'opinion des premiers chrétiens sur ce point avait été déterminée à la fois par la logique et par les textes sacrés, mais l'accord qu'il avait fallu établir entre l'une et les autres ne s'était pas fondé sans difficulté. La persécution avait été formellement annoncée par l'Evangile '' ; elle avait même été présentée par l'Apôtre comme une épreuve qui devait réjouir les fidèles, puisque, leur donnant part aux souffrances du Christ, elle leur réservait aussi part à sa gloire ^ . Elle ne pouvait donc être considérée que comme une épreuve de Dieu. Au reste, comment admettre que le démon et les mécréants qui exécutaient ses œuvres sur la terre, pussent avoir quelque pouvoir sur les chrétiens sans l'autorisation de Dieu ? Sur les chrétiens indécis, passe encore; mais ceux qui scellaient leur foi de leur sang n'étaient pas des indécis et les Apôtres eux-mêmes avaient parcouru la route d'angoisse où les avaient suivis depuis les plus illustres d'entre les frères. C'était donc à Dieu qu'il fallait rapporter la persécution : elle était œuvre divine ; il ne pouvait logiquement y avoir de doutes sur ce point, mais, humainement, il y en avait beaucoup. Comment comprendre que des hommes bons, pieux, ornés de toutes les vertus et certainement agréables à Dieu, fussent frappés dans leur corps de châtiments terribles, qui