I. Pétri, IV, i2-i
ne les auraient jamais atteints s'ils étaient demeurés païens? Comment voir dans la torture et dans la mort une suprême faveur de Dieu? Comment imaginer Dieu soufflant aux bourreaux les raffinements horribles dont ils usaient, si nous en croyons les Actes des Martyrs? Il y avait certes là de quoi déconcerter le chrétien le plus solide et, invinciblement, il était porté à croire que le diable était le véritable auteur de la persécution. Ces deux idées si différentes sur l'origine véritable de la persécution se font jour bien avant Tertullien. Les textes évangéliques affirment la première, et l'exemple du Christ suffisait à la faire accepter avec enthousiasme dans la société chrétienne primitive ; celle-ci une fois éteinte, quelques âmes d'élite gardèrent sa conviction : elle soutint les martyrs dans leurs souffrances ' et elle laissa du moins au cœur de tous les chrétiens cette croyance qu'il est des épreuves qui viennent de Dieu, qui sont belles et grandes et qu'il faut essayer de supporter avec résignation \ Mais, dès Saint Justin, l'autre idée s'affirme également. Les Juifs ont, sans nul doute, été persécutés, dit ce Père dans son Dialogue avec Tryphon le Juif, mais l'Écriture atteste qu'ils l'avaient bien mérité, tandis que les chrétiens ont Dieu pour garant que leur mort n'est pas plus juste que ne le fut celle du Juste véritable, celle de Jésus ^; et cependant il leur faut se résigner, car la persécution durera jusqu'à la fin des temps \ L'Apolo- I giste se demande pourquoi Dieu laisse ainsi opprimer ses enfants ; il avoue que cette difficulté constitue une objection très forte contre la foi, si forte même qu'il ne croit guère pouvoir y répondre directement ; en effet, il se lance dans une théorie sur l'origine des démons ^ ; et c'est implicitement qu'il avance que le véritable auteur de la persécution est le démon ; c'est lui qui cause tout le mal ici bas et il ne faut pas plus que son influence pour expliquer le malheur de Socrate, le bonheur de Sardanapale ou celui d'Epicure ^ Minucius Félix affirme, lui, très nettement, que ce sont les démons qui mettent au cœur des hommes la haine des chrétiens '; c'est également l'idée qui remplit tout le début de la Lettre des Églises de Vienne et Lyon ■. Il restait donc à concilier