‹ TertullienChapitre 149 sur 561 · Ad Scap · texte numérisé non relu

Ad Scap

6. Adv. Marc, V, g. Voy. égal. Ad Scap., 5, où Tertullien oppose la volonté du maître suprême, Dieu, à celle du maître de la terre. — Le fondement de la

nsabiiité des païens devant Dieu est nettement établi dans Jean, XV, 24

l58 CHAPITRE V

combien cette idée est extraordinaire ; comment expliquer, en effet, que la persécution étant bonne en soi, Dieu punisse de supplices éternels des hommes qui n'ont pu agir que poussés par lui, ou, à tout le moins, avec son autorisation ? Tertullien ne s'embarrasse pas de cette difficulté, et quand il parle du châtiment des persécuteurs, il oublie parfaitement qu'ils ne sont que les instruments de Dieu '. Il ne semble pas s'inquiéter de savoir si les desseins de Dieu seraient contrariés au cas où la persécution n'aurait pas lieu; il n'est pas de ceux qui pensent que Judas a bien bien fait de trahir le Maître, parce que son crime bienfaisant était nécessaire à la rédemption. Il tient à sa vengeance et il avoue très simplement qu'il n'aurait point tant de patience s'il n'était certain de voir luire à son tour le jour du triomphe": il le célèbre par avance, il le savoure •' et sa résignation n'est qu'un ajournement '\ Nous sommes là très loin de la parfaite résignation chrétienne ; il resterait cependant à savoir si l'Empire ne pouvait pas trouver dans cette foi en la vengeance divine que gardaient les chrétiens, une garantie très sérieuse de leur passivité sur terre.

III. — Jetons un coup d'œil sur ce qu'ils ont pu penser de la persécution au fur et à mesure qu'elle est devenue pour eux plus dangereuse, parce qu'elle s'est faite plus méthodique et la réponse à notre question s'imposera d'elle-même. Que la persécution ne surgisse qu'avec l'autorisation de Dieu, le chrétien n'en saurait douter. La persécution arrive, nous dit Origène \ quand Dieu accorde au démon licence de la soulever ; quand il la lui refuse, les fidèles demeurent en paix dans ce monde qui les hait, car le démon ne saurait inquiéter un seul d'entre eux sans la volonté de Celui qui connaît jusqu'au nombre des cheveux de chaque tête humaine. C'est là, en quelque sorte, l'opinion nécessaire des chré-

« Si je n'avais point fait au milieu d'eux ces œuvres que nul autre n'a faites, ils seraient sans péché, maintenant ils les ont vues et malgré cela ils m'ont haï, moi et mon père. » (Trad. Reuss, p. 295.)

1. De fuga, 4. Jean, XV, 25, ajoute à la suite de la citation que nous venons de faire : « Mais c'était pour que la parole écrite dans leur loi — il s'agit surtout des Juifs — reçût son accomplissement : ils me haïront sans cause. » Un événement qui arrive tout exprès pour ne pas faire mentir la prophétie qui Ta annoncé, c'est au premier abord singulier, mais cela répond à une idée très courante chez les premiers chrétiens.

2. De patien., 10, i5 : adeo satis idoneus patientiae sequcstcr Deus. Si iniuriam deposueris pênes eum, ultor est.

Page 1