Orig., C. Celse, VIU
tiens. Arrêtons-nous un instant, pour la préciser, sur ce que nous en dit un homme de bon sens et normalement modéré, Clément d'Alexandrie.
Dieu, à son avis, n'a pas expressément voulu que nous fussions persécutés ', mais il a prévu et prédit que nous le serions, afin que nous nous préparions à gagner, par notre patience, l'héritage qu'il nous donnera. Au reste, la persécution ne fait éprouver au chrétien aucun dommage réeP; la mort n'est pour lui qu'une délivrance, une envolée vers la vie éternelle et le vrai sage doit de la reconnaissance à ceux qui la hâtent '. Clément voyait cependant l'objection redoutable et il posait franchement le dilemme qui l'enfermait : de deux choses l'une, ou la persécution est un bien venant directement de Dieu et alors persécuteurs et bourreaux sont innocents ; ou c'est une doctrine impie de soutenir que la persécution puisse venir de Dieu. Et pourtant, comment admettre qu'il advienne quelque chose dans le monde sans la volonté de son maître? On ne peut se tirer d'embarras qu'en disant que la persécution arrive parce que Dieu ne s'y oppose pas : il se contente de faire sortir le bien de la violence des ennemis '•. Un sophiste pouvait, il est vrai, objecter que celui quia le pouvoir d'empêcher un crime, et ne l'empêche pas, en demeure cause. Clément répondait par une subtilité d'école ^ : être cause de quelque chose suppose action, car il faut agir pour accomplir ou faire arriver cette chose ; au contraire, ne pas défendre, c'est s'interdire l'action dans un sens comme dans l'autre : c'est donc demeurer absolument étranger à tout ce qui arrive, c'est n'en pas être cause. Est-ce qu'on dit, par exemple, que le bouclier est cause de la blessure que fait la lance, parce qu'il n'a pas arrêté la lance ?
Basilide avait trouvé une explication plus ingénieuse et plus hardie de la persécution ; on ne voit souffrir, disait-il, que de prétendus justes, s'ils n'ont pas péché encore, ils avaient la volonté de pécher, « car — ajoutait-il — j'aimerais mieux dire n'importe quoi que d'attribuer quelque chose de fâcheux à la Providence '' ». Si on me cite le nom d'un juste martyr, je dirai : « Admettons qu'il n'a pas péché, mais il est comme l'enfant qui porte en lui le germe
1. Clem. Alex., Strom., IV, ii, 78 : ... où ôiwxsuSat ■rfié'k-i\<7i^ ■r^\i-ôi<;.
2. Clem. Alex., Strom., IV, 1 1, 80 : tî yàp xat àôtxoûixsôa;
3. Idée analogue chez Arnobe, Adv. nat.,U, 77 : Itaque ista, quam dicitis, persccutionis asperitas liberatio nostra est, non persecutio ; nec pœnam vexatio intérêt scd ad lucem libertatis educet.