Apol
sont chrétiens, il en pourrait tirer pour eux un sérieux avantage.
Toutefois, ses affirmations sont au premier abord trop absolues, car lorsqu'un prétendant comme Niger, par exemple, s'élevait en quelque province, on ne pouvait prévoir si la faveur de Dieu ne se manifesterait pas sur lui en lui accordant la victoire. En attendant le dénouement de l'affaire, et pendant la lutte, ne semblait-il pas porter le signe de Dieu dans les pays où il était maître ? Les chrétiens n'étaient-ils pas excusables de lui obéir? Ne devaient-ils pas le faire, puisqu'ils s'interdisaient de se mêler aux révolutions du siècle et se contentaient de les subir? On peut donc affirmer que les partisans de Cassius, de Niger ou d'Albinus, comptèrent des chrétiens dans leurs rangs. Et cependant, à y réfléchir, Tertullien ne s'avance pas inconsidérément '. D'abord, il suffisait, pour que son affirmation fût en fait inattaquable, qu'aucun des partisans connus des trois prétendants qu'il énumère ne se fût fait remarquer comme chrétien. Il est clair, en second lieu, qu'il laisse de côté les hommes qui subissent passivement la destinée ; cette restriction est marquée par une autre affirmation : loin d'être chrétiens, ces rebelles ont souvent condamné des chrétiens \ Il n'entend donc parler que de ceux qui avaient autorité pour prononcer des condamnations capitales, c'est-à-dire des notables personnages parmi les révoltés. On racontait, d'ailleurs, à propos du soulèvement de Niger, un incident assez suspect, mais très favorable à la thèse de
ertullien ; il ne manque pas d'en tirer parti dans VAd Scapulam.
n disait donc que Caecilius Capella, qui fut un dévoué partisan de Niger et prolongea la résistance dans Byzance près de deux ans après la mort du prétendant, enfin forcé de céder, vaincu et mourant, s'était écrié : Voilà de la joie pour vous, chrétiens M On pouvait conclure de cette exclamation, avec un peu de bonne volonté, que ce Capella était un adversaire de la religion chrétienne, que les chrétiens étaient hostiles à Niger et notoirement (dévoués à Sévère. M. Neumann a donné de l'anecdote une inter-
1. Neumann, Der rôm. St., p. 96 et n. 4. — Toutefois, Neumann me paraît se tromper lorsqu'il penche à croire que Tertullien veut seulement dire que jamais encore un chrétien n'a, dans les provinces, prétendu à la dignité impériale, qu'on n'a jamais vu d'usurpateur chrétien. Le texte qu'il avance pour appuyer cette interprétation restreinte {Ad Nat., I, 17 : nulla in provinciis atTectata maiestas), n'a pas du tout le sens qu'il peut sembler avoir si on l'isole de son contexte. Il suffit de relever la phrase entière pour s'apercevoir qu'elle a un sens ironique et ne s'applique pas aux chrétiens, la voici : Agnoscimus sanc romanam in Cacsares fidem. Nulla unquam coniuratio erupit, nuilus in senatu vcl in palatiis ipsis sanguis Caesaris notam fixit; nulla in provinciis aftcctata maiestas. Adhuc Syriae cadaverum odoribus spirant.