Eus., H. E.,YIU
3. Conc. Arelat., IV, Mansi, II, 471 : De agitatoribus qui fidèles sunt, placuit eos quamdiu agitant, a communione separari,
-V. ) — En somme, et ceci confirme en les précisant les conclusions que nous posions plus haut, la soumission et le loyalisme de Tertullien sont faits surtout de passivité, de soumission à la volonté de Dieu et d'abstention. Il n'est, en théorie et personnellement, ni pour ni contre personne ; en fait, il est du côté du vainqueur s'il y a lutte dans le siècle, parce que c'est, selon sa foi, être du côté de Dieu. L'Empire est dur aux chrétiens qu'il hait parce qu'il ne les connaît pas; ils doivent cependant pleurer en silence, s'incliner devant l'épreuve divine et renfermer dans leur cœur Jeurs désirs de vengeance, que Dieu seul doit exaucer. C'est ainsi jque s'exprime la résignation chrétienne de Tertullien appliquée (aux choses de la politique. Un tel sentiment n'exclut pas l'esprit de révolte, mais il supprime la révolte : les chrétiens et Tertullien lui-même ne sortirent jamais de leur résistance passive que pour se défendre par la plume et la parole. Les défenses de Tertullien : ressemblent souvent àdes attaques ', mais elles ne portent jamais * sur le gouvernement considéré dans son fonctionnement ordinaire fet légal ; tout au plus visent-elles son attitude vis-à-vis des chrétiens. Tel est également le sens des violences de langage que nous rencontrons de ci et de là dans les écrits des fidèles et dans les Actes des martyrs. Encore ces attaques, qui ne sortent pas des mots, ne constituent-elles vraiment pas une résistance, car elles se présentent toujours ou comme une justification de la foi, ou comme un avertissement destiné à éviter aux infidèles les malheurs qui les menacent \ Une telle attitude de principe permettait au moins au chrétien de continuer à servir l'Empire dans la mesure où sa foi lui laissait la liberté de ses actes; selon Tertullien luimême, ce service semblait un devoir, puisque le Maître avait dit que s'il faut rendre à Dieu ce qui est à Dieu, il faut aussi rendre à César ce qui est à César '.
1. Telle est l'allure générale de VApol., de l'Ad nat. et de VAd Scap.
2. Le Blant, Actes des mart., ch. v, pp. 33-34 et n., a réuni les textes les plus intéressants parmi ceux qui nous donnent une idée de ces excès de langage : les plus violents, d'ailleurs, sont postérieurs au triomphe, c'est-à-dire arrangés après coup, et ceux qui sont tout à fait authentiques demeurent très rares.