‹ TertullienChapitre 167 sur 561 · Hermas, Pastor, Sim., I · texte numérisé non relu

Hermas, Pastor, Sim., I

Nous avons vu qu'en théorie il n'admet pas qu'on lui refuse la qualité de Romain, sous prétexte qu'il est chrétien, car — dit-il — l'affection, l'attachement, la fidélité que chacun doit aux Empereurs ne consistent pas en des témoignages extérieurs de respect qui ne font que masquer la haine, mais bien plutôt sont-ils garantis par ces sentiments intimes d'amour que le chrétien doit à tous les hommes et qu'il professe naturellement pour l'Empereur '. Qu'on tourne seulement quelques pages de V Apologétique^ où Tertullien dit tout cela, et on lira : « Pour nous chrétiens, rien n'est si étranger que la république ; nous ne reconnaissons qu'une république, celle de tous les hommes, le monde \ » Quelques pages encore : « Rien ne nous importe dans le siècle que d'en sortir le plus tôt possible ^ » Les mots de gloire, de dignité, qui attachent les hommes au monde d'ici-bas ne sauraient avoir de sens pour le chrétien \ Or V Apologétique devait, dans le dessein de son auteur, présenter les chrétiens à la société païenne sous le jour le plus favorable. Ailleurs, la véritable pensée de Tertullien s'affirme mieux encore. Le chrétien — dit-il dans le De corona — est un étranger [peregrinus) sur cette terre ; il a son droit de cité au ciel et sa véritable patrie est la Jérusalem céleste '. L'amour des autres, les sentiments de fraternité, que quelques esprits généreux d'entre les païens commençaient à répandre dans l'Empire « et qui pouvaient être comme des compléments du patriotismiC ne sont points absents de son cœur, au contraire; mais chez lui, au lieu de confirmer le patriotisme, ils Taffaiblissent, car ils s'étendent à tous les hommes, entre lesquels le Christ a effacé toutes les différences de race '' et ils se portent surtout sur les vrais frères, les fidèles, qui peuvent être des barbares ". En réalité, c'est la fraternité chrétienne qui prend la place du patriotisme romain. Aussi voyez en quels termes Tertullien parle de Rome quand il

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