‹ TertullienChapitre 169 sur 561 · De pallio, i et · texte numérisé non relu

De pallio, i et

l82 CHAPITRE VI

les rares marbres qui le conservent appartiennent aux pays grecs, où, sans doute, l'amour du sol natal se conserva plus longtemps et mieux qu'en Occident '. Une anecdote, qui nous est rapportée par Eusèbe, montre d'ailleurs assez bien à quels renoncements peut mener ce détachement de la patrie. Les troupes romaines assiègent la ville de Bruchion : un notable chrétien, Anatolius de Laodicée, qui est dans la place et y occupe une très haute fonction, a recours, en faveur des chrétiens, ses frères, à un stratagème dont le narrateur le loue fort. Les assiégés meurent de faim et Anatolius en fait informer Eusèbe, autre notable personnage, qui, lui aussi, est chrétien et est alors hors des murs parce qu'il est partisan d'un accord avec les Romains. En considération de ces sentiments, Eusèbe obtient des assiégeants un laisser passer pour tous ceux qui voudraient quitter la ville. Il en donne avis à Anatolius qui assemble les habitants et essaie de les amener à s'entendre avec les Romains ; désespérant d'y réussir, il les décide au moins à laisser sortir les bouches inutiles, ce qui lui permet de faire évader, à la faveur de la nuit, beaucoup de chrétiens déguisés en femmes : Eusèbe les reçoit et les réconforte '. Voilà qui est assez clair : ces chrétiens ne veulent plus rester dans la ville, non qu"ils soient partisans des Romains, mais parce qu'ils ne sont partisans de personne et, si leur fuite est pour la cité qu'ils abandonnent une lâcheté et une trahison, elle est pour eux une sage précaution qui les abstrait des tourments du siècle. Le chrétien n'est que chrétien ; les Actes des Martyrs le répètent à satiété et la formule ordinaire d'interrogatoire : « d'où êtes-vous ? » appelle presque toujours la réponse : «je suis chrétien » \

Assurément, il y avait des chrétiens qui disaient et peut-être pensaient autre chose, mais leur opinion, d'ailleurs toute personnelle, et conciliée avec leur foi, grâce à cette remarquable facilité qu'eurent toujours les fidèles de penser une chose et d'en faire une autre, ne résistait pas à Tépreuve d'une comparaison entre leur foi et leur patrie : le chrétien l'emportait toujours sur le Romain '.

1. Le Blant, Inscr. cbrét., I, p. 128 et n., ne signale que 45 exceptions à la règle de l'omission du nom de la patrie.

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