‹ TertullienChapitre 18 sur 561 · Apolog., 21 et · texte numérisé non relu

Apolog., 21 et

terrestre de Thomme '. Tel est si bien le fond de la pensée de Tertullien que nous ne le voyons pas sans surprise se réclamer ailleurs de sa qualité de Romain, essayer d'établir, en tous cas affirmer, que les chrétiens qui habitent dans l'Empire en sont citoyens au même titre que tout le monde '' . Le sens général de V Apologétique, où se rencontre cette étrange réclamation, nous en indique la portée. Tertullien se dit Romain et il prête la même qualité à ses frères en Christ, parce qu'il veut détourner d'eux la persécution ou, au moins, les lois d'exception, les haines extraordinaires; il réclame le nom commun et la qualité commune pour obtenir le droit commun. On voit d'ailleurs aisément qu'il n'est disposé à accepter aucun des devoirs, ni même aucun des privilèges que comporte le titre de Romanus, qu'il le jette dans la discussion pour attaquer ses adversaires, qui, dit-il, violent la loi au détriment de citoyens, plutôt que pour défendre les chrétiens euxmêmes. Il n'y a, pour ainsi dire, rien d'humain dans le sentiment que Tertullien professe à l'égard de l'Empire : il ne respecte en lui que l'œuvre de Dieu et nul doute qu'il ne sente aucune admiration pour l'œuvre propre des Romains. Il ne s'étend pas longuement sur l'histoire de Rome, mais ce qu'il dit de ses origines donne une idée suffisante de ce qu'il pense du reste ■■. Les légendes primitives lui sont odieuses; Enée, ayant le tort impardonnable d'être un héros mythologique, il le juge avec une extrême sévérité : c'est, dit-il, un pauvre soldat qu'une vulgaire pierre jette à terre comme un chien ^ et qui ne mérite même pas son surnom de pieux, car il a abandonné sa patrie en flammes, Priam et Astyanax, pour fuir avec un unique enfant et un vieillard décrépit \ Quant à Romulus, dont on a fait un Dieu, Romulus le fondateur, il a sur la conscience au moins deux grands crimes : le meurtre de son frère et l'enlèvement des Sabines ^ Il est clair que Tertullien se place à un point de vue si strictement moral et religieux qu'il jugerait aussi sévèrement tous les travaux qui ont fondé l'Empire, s'il avait l'occasion de les examiner; il ne pardonnerait pas plus à la cité l'idolâtrie ou l'immoralité qui souillent ses plus hauts exploits, qu'il ne passe au Capitole d'être le temple de tous les démons et la

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