‹ TertullienChapitre 188 sur 561 · Le Blant, op. cit., p. 85, n · texte numérisé non relu

Le Blant, op. cit., p. 85, n

3. Eus., H.E., V\, 41, 22, rapporte, d'après une lettre de Denys d'Alexandrie, que plusieurs soldats chrétiens se dénoncent eux-mêmes en encourageant par signes un confesseur qui faiblit au tribunal. Voy. égal. : Eus., De Martyr. Palest., XI, 20; Passio SS. Mauritti, etc., en entier (Ruinart); Acta SS. Taraclii, Probi, etc., VII (Ruinart) où Tarachus rappelle qu'il a été soldat; Acta SS. Phileaae et Philoromi, III (Ruinart); Philoromus est : quidam vir agens turmam militum romanorum.

4. Les inscriptions qui se rapportent à des soldats chrétiens l'établissent.

5. Eus., De Mart. Palest., XI, 20, parle du martyre d'un certain Cappadocicn nommé Seleucus : il a été soldat dans sa jeunesse, mais il a renoncé aux armes et s'est consacré tout entier aux bonnes œuvres de l'Église. Tarachus {Acta SS. Tarachi, Probi, etc., I. — Ruinart) dit qu'il a renoncé à la profession des armes à cause de sa religion : il a demandé et obtenu son congé.

6. Symphorose [Acta SS. Symphorosae, etc., I. — Ruinart) dit à Hadrien : Vir meus Getulius cum fratre suo Amantio, tribuni tui cum essent pro Christi nomine passi sunt diversa supplicia ne idolis consentirent ad immolandum. — Eus., H. E., VII, i5, raconte l'histoire de Marin de Césarée : il est officier quand il est dénoncé comme chrétien par un rival qui veut être centurion à sa place : on lui donne trois heures pour réHéchir sur le parti qu'il doit prendre. Alors l'évêque Theotecnos, qui l'attend à la sortie du prétoire, l'emmène à l'Église, lui montre l'Évangile et lui dit qu'il a le choix entre ce livre et répée ; Marin choisit le livre, retourne au prétoire, confesse de nouveau sa foi et a la tête tranchée. — Acta SS. Victoris etc., III (Ruinart) : Victor mis en demeure d'opter entre son grade, avec l'amitié de l'Empereur, ou la mort, proclame qu'il est avant tout Cliristi viiles.

7. Tel est le cas du soldat dont parle Tcrtullien au début du De corona. Les Acta S. Marcelli Tingit., I (Ruinart), nous rapportent un incident analogue : c'est fête au camp pour l'anniversaire de l'Empereur; on festoie et on sacrifie ; alors le centurion Marcellus se juge atteint par ces impiétés ; il s'en va jeter

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devaient être les chrétiens qui opposaient un refus de principe au service militaire ; je ne pense même pas qu'il y en ait eu un nombre appréciable parmi les orthodoxes — j'entends parmi les fidèles de l'Eglise régulière ; — tous, ou à peu près, devaient appartenir à des sectes plus ou moins voisines du montanisme '.

La doctrine que Tertullien préconisait dans ses instructions secrètes, ne devait donc point, pour le malheur des hommes, être finalement adoptée par TÉglise. Elle était conforme au véritable esprit du christianisme primitif et, dans une certaine mesure, conforme aussi à la lettre des instructions du Maître, mais elle présentait l'inconvénient d'être humainement exagérée, d'exiger du commun des fidèles un héroïsme dans la foi et un renoncement de soi, indispensables pour triompher finalement des exigences de l'État, mais incompatibles avec la médiocrité moyenne des âmes et des caractères. En second lieu, avant qu'elle ne trouvât sous la plume de notre auteur sa formule définitive, une autre doctrine s'était déjà traditionnellement établie, plus souple et plus médiocre, partant plus facile à comprendre et à appliquer. C'est elle que l'Église a appuyée et c'est elle qui a triomphé. Son application éloigna le monde de la paix idéale que rêvaient pour lui les frères des premiers âges, mais elle rapprocha de plus en plus les chrétiens de l'état d'esprit qui leur était nécessaire pour soutenir, par tous les moyens humains, un État chrétien. De temps â autre.

ses armes et ses insignes au pied des enseignes de la légion, en disant : Jésus Christo Régi aeterno milito. Si on l'en croit lui-même, c'est la seconde fois qu'il se livre à cette démonstration ; il est probable que, la première fois, il a consenti à reprendre ses armes et on a pu étouffer l'affaire ; en récidivant, il a bien l'intention de ne point céder de nouveau et il proclame (§ IV) qu'un chrétien ne saurait rester exposé aux scandales de la vie militaire. — Dans les Acta SS. Pliileaae et Philoromi, 111 (Ruinart), nous voyons Philoromus, un officier, se livrer de lui-même au martyre : Phileas vient d'être questionné ; on a suspendu l'audience et Vofficium joint aux parents du martyr, le supplie de céder; alors Philoromus prend la parole pour l'encourager à tenir bon et il est associé à son supplice. — Dans les Acta SS. Marciani et Nicandri, 1 (Ruinart), c'est un autre genre de scandale : les deux confesseurs sont soldats et, un beau jour, ils refusent leur solde : quia pecuniae impiorum contagium sunt viris Deum colère cupientibus. — La légende de la légion thébaine {Acta SS. Mauvitii, etc. (Ruinart), nous la montre très docile, jusqu au jour où l'Empereur prétend l'employer à persécuter les chrétiens, § Il : Quae Dei erant Dco et quae Caesaris Caesari restituebant.

I. Voy. les Acta S. Maximiliani (Ruinart) en entier. C'est un exemple excellent, et d'ailleurs connu, de l'intransigeance de certains chrétiens ; mais il ne faut pas oublier que l'affaire se passe en Numidie et que le martyr a pu subir l'influence de Tertullien; c'est peut-être même un Tertullianiste : en tout cas, il affirme avec une énergie singulière l'incompatibilité de la foi et du service militaire ; on lui objecte que d'autres chrétiens sont moins scrupuleux que lui, mais il répond sans s'émouvoir : c'est leur affaire : yion possum militare., non possum malefacere, Christianus sum.

quelque fidèle, plus scrupuleux que la moyenne, ou d'âme plus haute, refusait de faire capituler sa conscience et répétait, au péril de ses jours, les douces paroles du Christ maudissant les tueries et les tueurs. L'Église savait bénir ces ressauts de scrupule chrétien, elle en honorait les victimes ; mais elle approuvait aussi ceux qui se soumettaient et honorait de même les plus distingués d'entre les vainqueurs sanglants, car elle gardait l'art de réduire les contradictions et de concilier les contraires. Quand elle fut installée officiellement dans l'État, elle prit franchement en main l'intérêt de l'État, qui était du même coup le sien, et, laissant de côté les principes divins que le Maître avait fondés, elle ne s'attacha plus qu'à accommoder les personnes aux exigences séculières ; à ceux de ses fidèles qui voulaient, coûte que coûte, rester de vrais chrétiens et fuir l'homicide elle ouvrit la porte du couvent.

IV. — Le chrétien, tel que le conçoit TertuUien, doit donc à l'Empereur son affection plus ou moins platonique, mais il ne doit à l'Empire ni son amour ni son sang; est-il tenu, au moins, de lui donner sa peine et son argent?

Ce n'était pas alors une sinécure que de remplir les charges publiques ; à part les hautes dignités, la plupart rapportaient peu de profit et les païens eux-mêmes ne mettaient guère d'enthousiasme à briguer par exemple les fonctions municipales '. Certains d'entre eux se faisaient encore une idée très haute du devoir civiP; en revanche, d'autres fortifiaient leur abstention d'une véritable doctrine philosophique ^ Or il y avait dans cette abstention, quelle qu'en fût la cause, un sérieux danger pour l'Empire. Peut être bien n'avait-il à s'en prendre qu'à lui de la désertion des fonctions publiques; mais, en supposant qu'il eût conscience de ses fautes et de sa responsabilité, il ne s'en suivait pas qu'il dût accepter volontiers leurs fâcheuses conséquences. Dioclétien en sera réduit à faire inscrire d'office parmi les décurions jusqu'à des hommes notés d'infamie ; en attendant, Sévère venait de rendre une ordonnance qui y admettait les Juifs, en les dispensant des obligations contraires à leurs croyances. Vraisemblablement les chrétiens ne sollicitèrent et n'obtinrent jamais semblable privilège '', qui eût

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