‹ TertullienChapitre 189 sur 561 · Duruy, Hist. des Rom., VI, pp. 179 et s · texte numérisé non relu

Duruy, Hist. des Rom., VI, pp. 179 et s

2. M. Aur., Pensées, passim; textes cites au début du précédent chapitre.

3. Tel est le cas d'Apollonius de Thyane : Fhilostr., ApolL, VIII, 22.

4. Dig., L 2, 3, § 3 : Eis qui ludaïcam superstitionem sequuntur, divi Severus et Antoninus honores adipisci permiserunt, sed et nécessitâtes eis imposuerunt, qui supcrstitiones eorum non laederent. — Duruy, Hist. des Rom., V, 128, n. I, suppose que les dispositons de ce rescrit s'étendaient aux chrétiens : rien ne le prouve et, à défaut de la preuve absolue du contraire, nous avons

LE SERVICE MILITAIRE, LE SERVICE CIVIL ET l'iMPOT 201

reconnu officiellement la légitimité de leur foi. Reste à savoir si, en tout état de cause, ils étaient disposés à aider l'État dans sa disette d'hommes publics.

Il y avait à envisager en l'espèce deux questions très différentes : était-il permis au chrétien d'occuper une fonction publique? Ou, seulement, n'était-ce pas défendu ? La distinction était essentielle pour beaucoup de fidèles ; car les uns faisaient volontiers tout ce qui n'était pas absolument défendu, alors que les autres, plus rigoristes, ne voulaient faire que ce qui était expressément permis. Rien, dans les textes saints, ne pouvait constituer une indication précise. Personne, dans l'entourage du Maître, n'avait été à même de briguer les honneurs, ni même de les recevoir; tout au plus les préceptes généraux relatifs au détachement de la terre, semblaientils exclure de la vie chrétienne toute participation volontaire aux plus terrestres des préoccupations : celles du gouvernement. Mais la question fut certainement longue à se préciser, parce que le christianisme mit du temps à atteindre, au moins à pénétrer, les classes où se recrutaient les fonctionnaires. Longtemps même après qu'elle fut posée, elle ne reçut sans doute que des solutions individuelles. Peut-être la foi toucha-t-elle quelques hauts dignitaires dès le règne de Domitien, si, comme il est possible, il parvint alors à entrer jusque dans la famille impériale ; peut-être aussi, à la faveur de la protection occulte dont elle Jouit sous Commode, arriva-t-elle à forcer la porte du Sénat. Mais les légendes qui se rapportent à ces épisodes de l'histoire du christianisme sont si peu certaines qu'il est impossible d'en rien conclure '. En tous cas, ces hommes qui furent, dit-on, saisis par la foi au milieu de leurs fonctions séculières, demeurèrent seuls juges du parti qu'ils eurent à prendre. Apollonius, selon la légende, est chrétien et demeure sénateur; il est vraisemblable qu'il cache sa religion, puisque c'est la dénonciation d'un esclave qui la fait connaître. Quant à Julius, il abandonne évidemment tout souci de sa dignité séculière dès qu'il croit, puisqu'il se hâte de distribuer ses biens aux pauvres et

au moins une indication dans ce fait qu'en réalité les fonctions des décurions demeurèrent incompatibles avec la qualité de chrétien. Voy. : Le Blant, Les chrétiens dans la société civile, p. 6, n. 3 et le canon LVI du concile d'Elvire (vers 3oo); Duchesne, Le concile d'Elvire et les flamines chrétiens, p. lyS. Les Actes des Martyrs fournissent également quelques indications dans le méinc sens, qui achèvent de me faire croire que la dispense accordée par Sévère ne le fut qu'aux Juifs, dont la religion était déjà reconnue par l'Etat : Le Blant, Actes des Mart., sect. I, §21, p. 67.

I. Sur la légende d'Apollonius, voy. Eus., H. E., V, 21 ; Hieron., De vir. ilL, Apollonius; Aube, Les chrét. dans l'Emp. rom., p. 32 et suiv. : Neumann, Der rôm. St., pp. 81 et suiv. — Sur le sénateur Julius : Aube, op. cit., p. 40 et suiv. ; Surius, De probatissimis sanctorum vitis, III, p, 162 (Éd. de Cologne).

qu'il professe hautement la foi chrétienne avec le désir de mourir pour elle '. Je n'avance pas ces deux exemples légendaires comme des faits, le second surtout étant fort sujet à caution ; je veux seulement établir que la question qui nous occupe, n'est réellement pas posée encore à l'époque de Commode, puisque la légende lui donne alors deux solutions si différentes. Saint Justin, développant cette pensée très chrétienne que le fidèle n'a pas d'ambition terrestre, se contente de dire : si nous désirions jouir des choses d'ici-bas, nous n'aurions qu'à taire notre nom pour éviter la mort \ Tout au plus pouvons-nous penser que, selon lui, le chrétien ne doit rien désirer des honneurs de ce monde et qu'en tous cas il ne doit jamais cacher sa qualité.

V. — A l'époque de Tertullien la question se posait au moins dans les provinces '; c'est sans aucun doute pour cela qu'il l'aborde, Pour trouver son opinion, il suffit d'ouvrir V Apologétique. Puisque le chrétien regarde toujours vers le ciel, sa patrie véritable, les honneurs de la terre ne sont pas son affaire ; ne serait-ce que par modestie, il ne les recherche pas '*. Les brigues qui se déroulent encore autour des charges honorifiques, ne sont pas seulement amusantes ; elles doivent faire honte au fidèle de reculer devant l'effort qui assurera son salut, alors que les candidats en font un si grand pour satisfaire leur vanité \

Mais, s'il ne doit rechercher ni les charges ni les honneurs, peut-il au moins les accepter et les exercer sans péché? Il le peut, à la condition de se maintenir pur de toute idolâtrie ^, par grâce divine ou par ruse, ainsi que le firent Joseph et Daniel. Reste à savoir s'il est possible à un magistrat romain d'éviter tout contact avec l'idolâtrie. Il ne doit, ni sacrifier aux dieux, ni fournir de victimes, ni entretenir les temples, ni leur assigner de revenu, ni donner de spectacle, pas plus à ses frais qu'aux frais de l'Etat, ni en présider que d'autres donneraient; il ne doit ni jurer, ni porter une loi qui puisse entraîner la mort, ni rendre une sentence qui puisse tuer un homme ou seulement diminuer son honneur; il ne peut ni torturer, ni incarcérer, ni, finalement, condamner per-

Page 1