‹ TertullienChapitre 206 sur 561 · M.-Aur., IV · texte numérisé non relu

M.-Aur., IV

4. Je ne prétends pas résumer en quelques pages tout ce qui peut être dit d'utile sur la religion païenne du second siècle, je me contente de fixer les points qui sont indispensables à l'établissement de mon développement; pour le surplus, je renvoie aux ouvrages qui m'ont particulièrement guidé : F. de Coulanges, La cité antique ; Marquardt, Le culte che:^ les Romains; Boissier, La religion romaine d'Auguste aux Antonins; Réville, La religion à Rome sous les Sévères.

5. Athénagore, Leg., i, exprime cette idée très clairement en s'adressant à l'Empereur : « Vous et vos lois dites à tout le monde qu'il est impie et criminel de ne reconnaître aucuns dieux; vous pensez qu'il est nécessaire que chacun ait ses dieux selon son choix, afin que la crainte qu'il en a le détourne du mal. »

affermir la famille et parce que la famille l'affermissait ; les cadres religieux s'étaient élargis en enfermant la ville après la gens et après la tribu, mais ils étaient demeurés, par la puissance de la tradition et l'inconsciente logique des choses, l'inébranlable armature de la cité primitive '. Longtemps après que la foi aux dieux poliades était morte, leur culte subsistait, parce qu'il avait la puissance d'un principe social, étant la raison d'être première de l'État. Au reste, il était dans la nature d'un tel culte de durer sans la foi : il exprimait primitivement, sous une forme concrétisée, la nécessité et la perpétuité de la vie de la famille, comme, plus tard, il symbolisa la vie de la cité. Sacrifier aux divinités poliades ne supposait donc pas nécessairement qu'on croyait à leur existence, mais simplement qu'on aimait la patrie, qu'on souhaitait sa prospérité et qu'on était prêt à lui rendre les biens et la vie qu'elle avait donnés. Dans cette religion de la famille et de la cité, il n'y avait pas de dogmes, pas de théologie, pas même de morale, à peine des préceptes qui ne se rapportaient qu'à des cérémonies rituelles [sacra). De ces sacra, les uns étaient affaire de famille, les autres affaire d'État, aucun affaire de conscience. Un Cicéron parlait officiellement avec un respect très pieux, et sans doute très sincère, des rites publics, dont la vertu le laissait certainement sceptique ; on pouvait même concevoir qu'un César, incrédule avéré et, selon nos idées, parfaitement impie, fût Grand Pontife et présidât solennellement à la religion romaine tout entière \

Étant donné que la vieille religion romaine demeure extérieure, on comprend très bien qu'il se soit accompli, dans la cité, un dédoublement entre la religion proprement dite, les sacra privata et piiblica, d'une part, et le sentiment religieux d'autre part. On comprend de même que ces deux parties de la religion, ailleurs indissolubles, aient, à Rome, évalué d'une allure inégale et même dans des sens différents; on comprend enfin, qu'à un moment donné, le sentiment religieux ait pu sortir des cadres traditionnels, dans lesquels semblaient l'enfermer les rites privés et publics de la cité, pour chercher hors d'eux l'aliment qu'ils ne contenaient plus. Ce moment est venu à la fin du ii^ et au commencement du iii^ siècle.

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