Havet, Le christ., II, pp. i63-i
2. Marquardt, Culte, I, p. 89 et n., réunit les textes les plus intéressants. — Auguste se vante dans l'inscription d'Ancyre d'avoir relevé 82 temples : Mon. Ane, 4, 17; Tite-Live, IV, 20, 7, l'appelle d'ailleurs, templorum omnium conditorem aut restitutorem ; Tibère s'élève contre les superstitions étrangères qui altèrent la religion romaine : Suet., Tib., 36; une inscription C. I. L., VI, 934, donne à -Vespasien un éloge analogue à celui que Tite-Live donne à Auguste : (Vespasiano) conservatori caerimoniarum publicaruni et restitutori aedium sacrarum Sodales Titi. On a justement remarque que Domitien, très porté a moraliser, aggrave encore le délit à'impietas en en taisant une espèce de crime de lèse majesté romaine et impériale : Renan, Evang., p. 291. Trajan, Hadrien, Antonin, sont également loués dans les inscriptions de leur zèle pour la restauration du vieux culte : Marquardt, Culte, loc. cit.
3. Boissier, Relig. rom., 1, p. 82 et s. ; Sénèque, Ep., gS, 5o : Primus est deorum cultus deos credere... Hi nec dant malum nec habent : ceterum castigant quosdam et coercent... Vis deos propitiare, bonus esto. Satis illos coluii quisquis imitatus est. 11 semble qu'il y ait comme un écho des mêmes préficcupations dans l'inscription du temple d'Esculape à Lambessa : Bonus intra melior exi. (C. /. L., VIII, 2584.)
matérielle ; les aspirations qui faisaient désirer, consciemment par les uns, inconsciemment par les autres, que cette religion modifiât sa nature intime, allèrent, ainsi que nous le verrons, chercher leur satisfaction dans d'autres cultes.
A la fin du second siècle et au début du troisième, nous pouvons saisir les résultats de l'effort officiel. La vieille religion est debout tout entière ", mais elle demeure enfermée dans les formes que lui avaient données le syncrétisme gréco-romain après la conquête de la Grèce par Rome. Tous les dieux, dont s'est successivement enrichi le Panthéon romain, ont leur part d'honneurs; mais au-dessus de leur multitude, si nombreuse qu'elle excédait, au dire des plaisants, le chiffre des humains ^, les anciens grands dieux' occupaient toujours la place privilégiée que leur gardait l'Empereur, Pontifex Maximus. Les fêtes religieuses célébrées dans la vieille Rome, les Lupercales, les Ambarvales, étaient toujours observées; les vieux collèges eux-mêmes, celui des Saliens et celui des Arvales, dont la raison d'être n'apparaissait plus très nette, étaient cependant recrutés avec exactitude. De même n'avait-on point abandonné, ou avait-on restauré, les rites innombrables qui, jadis, mêlaient intimement la religion à tous les actes de la vie privée. Les Lares et les Pénates conservaient leur culte au foyer de la famille ^ Au reste, c'est Eusèbe qui nous en fait la très juste remarque, Rome, en adoptant officiellement les divinités de l'étranger, avait atténué les trop grandes différences qui les séparaient de ses propres dieux; elle les avait pour ainsi dire romanisées \ En somme, un observateur qui ne se serait attaché qu'à l'extérieur de la religion romaine, aurait pu croire que rien n'y était changé depuis la veille du jour où le scepticisme hellénique avait commencé à conquérir la Ville, car les Romains de la fin du second siècle croyaient se renfermer strictement dans les formes religieuses de leurs ancêtres.
Telle était donc l'apparence, mais le temps avait tout de même ruiné les vieilles croyances et il n'y avait plus, sans doute, que les hommes très ignorants et très grossiers à croire aux fictions poétiques dont les Grecs avaient enguirlandé l'histoire des dieux; il n'y avait peut-être même que les chrétiens à les prendre au pied de la lettre et tous les païens qui mettaient quelque sérieux dans leur