‹ TertullienChapitre 209 sur 561 · Eus., Praep. evangel · texte numérisé non relu

Eus., Praep. evangel

religion faisaient très bien Justice de ces fables '. Cependant, même épurée, la vieille religion ne pouvait satisfaire un sentiment religieux tant soit peu exigeant, car elle manquait d'idéal : en revanche, elle conservait tout entière sa valeur politique et sociale. Fortifiée par le culte des Empereurs, elle demeurait fondement premier de la société civile et politique : au début du m'' siècle, on est Romain quand on donne aux sacra antiques, par lesquels les ancêtres croyaient avoir vaincu le monde, le respect qu'ils exigent ' ; Tertullien le dit en termes explicites : on n'est pas Romain quand on n'adore pas les dieux romains ^ « Chacun prend quand il s'agit des dieux et des croyances officielles un ton sérieux » \ et l'État y veille parce que, en effet, c'est une affaire d'État -^

Il nous est difficile de savoir ce que la pompe des cérémonies et les formules pieuses des inscriptions recouvrent de foi véritable. Toutefois, je suis porté à croire que les anciens dieux, débarrassés de leurs légendes inconvenantes, eurent, au début du m'' siècle, leurs dévots sincères et assez nombreux. Arnobe, qui n'avait point intérêt à grossir leur importance, nous dit qu'il y avait, de son temps, des piétistes païens assez convaincus pour s'indigner de l'incrédulité étalée dans quelques œuvres de la littérature classique et pour demander que le sénat fît brûler le De natura deorum et le De divinatione en même temps que la Bible ^. Cependant l'esprit

1. M. Decharme, Mythol., Introd., p. vi et s. signale chez Pindare et Euripide des critiques de ces misérables inventions de poètes : ào;cwv o'tSï S'jstT|VOi >i6yot [Herc. fur., v. 1346 de Dindorf). L'esprit critique n'avait point disparu depuis lors; voyez, par exemple, Properce, Eleg., III, XI, 27 :

Nain quid ego heroas quid raptem in crimina divos ? Juppiter infamat seque suamque domum.

Je ne cite point Lucien parce que son scepticisme railleur le rend suspect en la matière; mais, si nous en croyons Philostrate, Apoll., V, 14 et 16, le dévot Apollonius s'élève, lui aussi, contre les fables poétiques de la mythologie et contre leur influence immorale; il s'efforce d'épurer les croyances et les pratiques : Apoll., I, 2; IV, 19; 24; 40, etc. Ce que Philostrate fait dire à^Apollonius était, sans nul doute, ce que pensait l'entourage de Julia Domna pour lequel il écrivait : Réville, op. cit., p. 20g et s.

2. Tite-Live, VI, 41 : Parva sunt haec, sed parva ista non contemnendo maiores vestri maximam hanc rem fecerunt. Cicéron, Z)é? liar. resp., 9; Val. Max., I, 1,8: l'indulgence des dieux a toujours été assurée à Rome : quia numquam remotos ab exactissimo cultu caerimoniarum oculos habuisse nostra civitas existimanda est. Voy. de même : Min. Félix, Octav., 25; Tert. , ApoL, 25; Renan, jW. Aur., p. 35 1.

3. ApoL, 24 : Laedimus Romanos an Romani habemur qui non Romanorum deum colimus.

4. Renan, Evang., p. 407; voy. partie. Apulée, Florides, I, i ; De magia, pass. et not. 41, 55, 56, 63.

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