Réville, op. cit., p. 56, n
Aurèle les tolérait, puisqu'Apollonius de Thyane, un ascète, et Alexandre Sévère, un saint, leurs étaient dévots. Ne voyons-nous pas, d'autre part, Caracalla offrir à Sérapis, pour Papaiser, l'épée dont il s'est servi pour tuer son frère : il considère donc ce Dieu comme éminemment vengeur des crimes '. Au reste, la grossièreté des pratiques extérieures n'était sans doute destinée qu'au vulgaire et je suis porté à croire que, sans avoir atteint réellement à l'ascétisme, auquel toute la civilisation gréco-romaine et, pour ainsi dire, tout l'esprit antique s'opposaient invinciblement, ces religions orientales s'épurèrent au 11" siècle; les termes élevés qu'emploie Apulée pour nous parler d'Isis et le mépris qu'il affiche pour les prêtres errants de la Mère des Dieux, m'en semblent une preuve \ Il faut bien dire aussi que les délicats avaient le choix et que, tout en marquant une déférence convenable à tous les dieux et déesses, ils pouvaient s'attacher particulièrement à Tanith la chaste ou à Mithra, dont le culte semble vraiment moral, au sens ordinaire du mot. Toutes ces religions conservaient, d'ailleurs, une souplesse suffisante pour que chacun pût les accommoder à son usage et au gré de son esprit.
Toutes, surtout, étaient mystiques ' ; c'était l'excuse qu'elles pouvaient donner pour expliquer le caractère étrange ou répugnant de certaines de leurs cérémonies ; c'était aussi la raison d'être de leurs mystères. Si nous ne sommes pas très fixés sur la véritable nature de l'enseignement des mystères, nous pouvons au moins affirmer que les initiations et les prétendues révélations qui s'y faisaient n'avaient aucune portée scientifique. Elles ne s'attachaient point à convaincre la raison, mais bien à séduire l'imagination et à exalter l'âme par des spéculations métaphysiques plus ou moins profondes. Il est vraisemblable, par exemple, que les degrés de l'initiation mithriaque correspondaient à une ascension de plus en plus haute vers une doctrine de foi, qui nécessitait un entraînement mystique, et nullement vers une démonstration, qui n'eût demandé qu'une heure d'attention ; et il en allait ainsi en supposant même, ce qui n'est pas sûr, que la doctrine de Mithra comportât une cosmogonie. La communauté mithriaque. très fermée aux non initiés, reposait sur l'identité d'une foi et d'une espérance mystique, nullement sur la communion dans une connaissance. Il nous paraît évident que l'espérance la plus souvent exprimée par les symboles et la plus fermement accentuée dans les révélations mystérieuses de ces religions de l'Orient, était celle de l'immorta-