‹ TertullienChapitre 224 sur 561 · Réville, op cit., pp · texte numérisé non relu

Réville, op cit., pp

lité de l'âme, du salut, comme leurs pratiques cherchaient avant tout les moyens de mériter, ou du moins d'atteindre, la grâce divine; or, là était, avons-nous vu, la grande préoccupation des contemporains de Tertullien '.

Dans ce chaos de croyances qui, à la fin du ii*^ siècle, pousse à Rome les divinités du monde entier ^"^ chacun peut choisir à son gré : les simples se contentent, comme ils le font encore aujourd'hui, de la pratique terre à terre, exempte de réflexion et d'inquiétude, très éloignée parfois du véritable esprit religieux ; les autres cherchent et, selon les appétits de leur désir ou les exigences de leur âme, s'arrêtent plus ou moins tôt dans leur recherche de la vérité éternelle. L'homme du commun s'en tient à l'antique croyance, suivant laquelle il y a en tout dieu quelque chose de divin et \ s'il donne, à titre personnel, ses préférences à telle ou telle divinité, il les honore cependant toutes. Les hommes plus réfléchis tombent dans le syncrétisme qui devient nécessairement simplificateur. En effet, la tendance de chacun de ses cultes orientaux est de se mettre au premier rang de tous les cultes, non pas en niant ou en combattant les autres, mais en donnant peu à peu à son dieu les attributions et les pouvoirs de tous, de façon à en faire comme le centre et le point d'aboutissement de tous les autres. Il en résulte diverses conséquences.

Tous les dieux finissent par faire à peu près la même chose dans le monde '', car ils présentent toujours bien deux à deux la ressemblance d'au moins une fonction, par l'intermédiaire de laquelle on peut aisément passer de l'un à l'autre et le fidèle d'une divinité, retrouvant les attributions qu'il lui prête chez d'autres qu'elle, est porté à ne voir en ces autres que des formes diverses, des expressions variées de son propre dieu. Son esprit s'attachant de préférence aux ressemblances, dans un but plus ou moins conscient d'hommage à son favori divin, il diminue les différences, au point de les faire disparaître. Alors, certains hommes arrivent, à travers ce polythéisme extravagant, à une sorte de monothéisme; ils conçoivent que tout est dans un et Vuniqiie dans tous; d'autres s'en tiennent à un syncrétisme d'autant plus élastique qu'il est plus vague; il leur permet de vivre avec la sécurité de Thomme qui a

1. Sur ce point voy. Anz, Zur Frage nach dem Urspning des Gnosticismus, ap. T. u. U., 1897, not. p. 78. — Consulter d'ailleurs sur ce succès des divinités de l'Orient le petit livre de M. Gasquet, Essai sur le culte et les mystères de Mitin-a, Paris, iSqg; G. Lafaye, Hist. du culte des divinités d'Alexandrie hors de l'Egypte, Paris, i883.

2. Arnobe, Adv. Cent., W, 7 : Roma est cultrix nuniinum cunctorum.

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