Réviilc, op. cit., p. io
4» Rcville, op. cit., pp. 104 et s.
un grand nombre de cordes à son arc. Tous — et c'est un point essentiel — peuvent choisir dans ce fatras de dieux, de croyances, de dogmes, de symboles et de superstitions ; chacun peut s'y tailler une religion à sa mesure et à sa fantaisie, depuis l'ignorant, qui croit, sans même savoir où va sa foi, jusqu'à Alexandre Sévère ou Plotin, l'un faisant entrer de force sa haute moralité dans les cadres convenus, l'autre les élargissant à l'ampleur de sa spéculation. Pour les uns comme pour les autres, il ne s'agit plus maintenant de l'observance terre à terre de quelques rites, mais d'un élan personnel vers le divin, qui porte les hommes plus ou moins haut, selon qu'ils sont plus ou moins capables de s'élever ',
Ce syncrétisme si large nous surprend, parce que le christianisme nous a accoutumés à ne concevoir, entre religions différentes, d'autre rapport qu'un état de lutte permanent. Les religions antiques se comportaient entre elles de toute autre sorte : les unes étaient sans dogmes et n'avaient à tolérer que des noms et des rites étrangers : le temps suffisait à faire disparaître les trop grandes violences des contrastes ; les autres étaient dogmatiques, mais leur dogme n'était jamais exclusif, complet, fermé; chacune d'elles avait toujours en soi quelque chose de la voisine qu'elle respectait en elle et qui l'inclinait à la respecter tout entière ; la notion du divin commun adoucissait les différences. Au reste, ces fusions entre religions diverses, s'opéraient au gré de chacun et on a justement remarqué que ce syncrétisme était « éminemment subjectiviste "^ ». Cependant, si les religions orientales offraient entre elles de notables ressemblances, elles demeuraient séparées des vieilles croyances gréco-romaines par de grosses dissemblances de nature et d'esprit \
Cette distinction n'implique d'ailleurs pas qu'il n'y eût bons rapports et même bons offices entre ces dieux divers, quelquefois hospitalité prêtée de l'un à l'autre, comme il sied à gens de même rang social et qui désirent s'entendre *. En définitive, le syncrétisme avait surtout pour résultat d'élargir le champ ouvert aux recherches morales et aux spéculations mystiques et, donnant à l'esprit religieux plus d'ampleur dans ses investigations, de lui donner, en même temps, plus de liberté dans ses combinaisons *.
Ce qui nous étonne au premier abord, c'est la tolérance de l'Etat pour tous ces cultes différents du sien : cette tolérance nous