‹ TertullienChapitre 233 sur 561 · Iren., .i4<fi'. omn. liaer., III · texte numérisé non relu

Iren., .i4<fi'. omn. liaer., III

affirme que la vérité est la première partout, que la vérité chrétienne n'a pu venir après toutes les autres, mais qu'elle a lui avant ; elle était en soi de toute éternité '. Au reste, l'âme est naturellement chrétienne ; livrée à ses impulsions spontanées et irréfléchies, cette âme remonte d'instinct à son créateur. Les expressions courantes : « Grand Dieu, Bon Dieu, Dieu sait. Dieu le garde, Dieu me le rende », ne prouvent-elles pas que l'âme sait le vrai Dieu qui l'a créée ^? La présence de notables parcelles de vérité, qui se trouvent éparses dans les écrits des philosophes païens ^, prouve que la vérité leur a été au moins partiellement connue, soit que, selon l'opinion commune des chrétiens, ils aient été la puiser clandestinement dans les livres saints des Hébreux \ soit que leur âme

1. De praescr. Iiaeret., 35, Posterior nostra res non est, imo omnibus prior est : hoc erit testimonium veritatis, ubique occupantis principatum.

2. ApoL, 17:0 testimonium animae naturaliter christianae, Denique pronuntians haec non ad Capitolium, sed ad caelum respicit. Novit enim sedem Dei vivi ; ab illo et inde descendit. De testini anim, i : Te simplicem et rudeni et

impolitam et idioticam compcllo Ad Scap., 2 : Nos unum Deum colimus,

quem omnes naturaliter nostis.

3. Min. Félix, Octav., 34 et 35; Clem. Alex., 5^rom., I, 0,57; I, 14, 5g.

4. C'était là une doctrine depuis longtemps courante parmi les Juifs; un d'entre eux, nommé Aristobule et cité par Eusèbe [Praep. evang.^ XIII, 12; voir également Clem. Alex., Strom., I, i5, 72), entreprit de prouver qu'il existait en Egypte une version de la Bible très antérieure à celle des Septante et qu'elle était le point de départ de toute la sa'^esse grecque (Valkenaer, Diatr. de Aristobulo Jiideo, Lugd. Bat., 1800, in-4°). Des hommes très sérieux, comme Philon, acceptèrent cette thèse, qui ne reposait pourtant que sur des interprétations audacieuses ou des interpolations (Michel Nicolas, Et. sur Philon d'Alex., ap. Rev. de riiist. des relig., V, p. 323). Les chrétiens ne pouvaient manquer de l'adopter de même, car elle flattait leur prétention à la vérité absolue et unique. Il fallait d'abord établir que les écrits bibliques étaient antérieurs à toute sagesse grecque : les chrétiens l'affirment et prétendent le démontrer (Tert., ^^0/., 47; Clém. Alex., Strom., l, i5, 72; Orig., C. Celse, VI, 7). Clément d'Alex. — après Tatien et Cassien, d'ailleurs, — [Strom., I, 21, loi) construit, pour fonder son opinion, une chronologie extraordinaire, où s'entassent pêle-mêle et sans la moindre ditîerence, les faits historiques et les accidents relatés par la mythologie, le tout ctayé de nombre de références aux poètes, aux philosophes, aux chronographes, avec une absence de critique si parfaitement inconsciente qu'elle n'est même plus risible. Après quoi. Clément prétend établir, par des calculs aussi scientifiques que ses documents, la date de la vie des prophètes et préciser leur âge par années, mois et jours. Il conclut sans peine que Moïse est antérieur à tous les sages et même à tous les dieux de la Grèce. {Strom., I, 21, 102.) Origène, fondé sur Josèphe, arrive à une conclusion analogue {Contre Celse, IV, 11); et S. Augustin également (Z)<? Civ. Dei, XVIII, 37). Ceci admis, il était assez aisé d'expliquer le plagiat commis par les Grecs : la connaissance de la sagesse hébraïque leur était venue par l'Egypte, où Moïse avait fait son éducation, ou par la Phénicie (Clém. Alex., Strom., I, 23, i53). C'était Platon qui était considéré comme le grand imitateur : une légende, qui avait cours encore du temps de S. Augustin, voulait qu'il eût connu Jérémie en Egypte. (Aug., De Civ. Dei, VIII, 11); au moins, pensait-on qu'il avait connu beaucoup de Juifs dans ce pays {De civ. Dei, loc. cit.); et on s'évertuait à trouver, dans son œuvre, la trace de ses prétendues imitations. (Clém. Alex., Strom., I, 25, io5, sur Les Lois ; Strom., V, 14, 108,

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ait suffi à la leur révéler. Clément d'Alexandrie affirme que les chrétiens, seuls de tous les hommes, soutiennent à bon droit qu'ils existaient les premiers, car ils existaient avant le monde; les Phrygiens, les Arcadiens, les Égyptiens, si fiers de leur antiquité, ne pourraient pas en dire autant; et pourtant, telle est la vérité, car les chrétiens ont toujours existé dans la pensée de Dieu '. Des justes, avant la venue du Christ, ont réellement pratiqué la religion qu'il est venu prêcher sur la terre ; ils ont eu la vérité ; Eusèbe nous l'affirme ^ Nous sommes donc bien en présence d'une tradition constante : le christianisme est dans le monde l'expression de la vérité tout entière; les chrétiens sont les fils de la lumière, et la lumière du monde ; ils adorent le Dieu, maître suprême, et ils savent son nom. Il était indispensable qu'ils parussent pour toutes ces offices '; mais ils sont venus et la vérité luit complète à la fin des temps '*. En dehors d'eux, il ne saurait plus exister de vérité, puisqu'ils l'ont toute ■'. « Quiconque n'est pas avec moi, est contre moi, et quiconque ne m'aide pas à recueillir, disperse », avait dit le Maître ^; et l'exclusivisme de ses disciples prouvait bien qu'ils suivaient son précepte. Ceux qui ne sont pas chrétiens sont inexcusables depuis que le Christ est venu affirmer la volonté divine avec tant d'éclat '. Ils vivent comme des animaux immondes, des chiens et des cochons plongés dans la grossièreté de la chair". Tertullien, comme bien on pense, accentue toutes ces idées. « Le crime principal du genre humain, le plus grand péché du monde, le fonds

sur le fameux passage de La République, II, 5; Disc, aux Cent., VI, 70, sur Dieu selon Platon; August., De civ. Dei, VIII, 11 sur La Timée, etc.). Ce n'était pas seulement Platon qu'on incriminait : Pythagore (Clém. Alex., Strom.,

I, 22, i5o, d'après Aristobule) et presque tous les penseurs grecs étaient accusés de même. (Tert., ApoL, 47 : quis poetarum, quis sophistarum qui non de prophetarum fonte potaverit ? Clcm. Alex., Strom., V, 14, 89-141.) Il était démontré que les Grecs avaient tout emprunté aux Ecritures : les miracles qu'ils avaient transporté dans leur mythologie [Strom. ,W, 3, 28) ; leur éthique [Strom.,

II, 18, 78); leur politique [Strom., I, 24, i58); et même leur art militaire. [Strom., I, 24, 160.) Les païens, que toute cette érudition n'avait guère chance de convaincre, ripostaient, sans plus de preuves, qu'au contraire, c'était la sagesse juive qui avait pillé la philosophie grecque. (Celsc, ap. Orig., C. Celse, I, 14-23.)

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