‹ TertullienChapitre 24 sur 561 · Apol., 38 : Unam omnium rempublicam agnoscimus, mundum · texte numérisé non relu

Apol., 38 : Unam omnium rempublicam agnoscimus, mundum

compatibilité de principe entre ce rêve d'avenir et l'idée qu'il se fait présentement de l'Empire, c'est possible et c'est même probable, car il conçoit l'Église chrétienne comme absolument indépendante du gouvernement impérial dans ses cadres et dans sa vie '. Admettant la possibilité d'une conquête de l'univers par la foi, il n'entend nullement que les bornes de l'Empire doivent Jamais coïncider avec celles de la chrétienté, c'est-à-dire avec celles du monde. On imagine cependant un résultat singulier d'une application stricte de ses idées : il se pourrait que l'Empire résistât toujours au christianisme et que peu à peu tous les barbares se fissent chrétiens, de telle sorte que l'État romain, resté païen, se trouverait, de par le Dieu qu'il serait seul à ignorer, gardien éternel et immobile de la sécurité du monde ; il demeurerait le protecteur inconscient d'une société qui, vivant hors de lui, aurait toujours l'air d'être dressée contre lui, qu'il traiterait en ennemie et qui serait tout de même plus agréable que lui aux yeux de Dieu. Si Tertullien n'a pas prévu cette difficulté, c'est que le progrès du christianisme ne lui paraissait pas si sûr qu'il semble le dire : sans doute, il a quelquefois exprimé l'idée de la conquête pacifique du monde par la foi chrétienne "* ; il a, par conséquent, conçu qu'un jour le monde entier pouvait être chrétien, car une telle conception ressortait nécessairement des textes évangéliques ^, de l'esprit de prosélytisme et du principe même du christianisme; mais il a bien plutôt dit quels devaient être les caractères de cette conquête du monde qu'il n'a indiqué quand et comment elle devait se faire. Il l'a donc plutôt logiquement déduite de prémisses nécessaires et qu'il n'a pas eu à poser qu'il ne l'a historiquement prévue dans le temps. Il n'en demeure pas moins certain que l'universalité chrétienne, telle qu'il l'entrevoit dans l'avenir, dépasse la théorie de l'universalité romaine de toute la distance de l'absolu au relatif et que la puissance de l'Église à travers les siècles s'explique toute par ces quatre mots : et apiid barharos Christus '.

Tertullien n'était point homme à reculer devant ces conséquences de ses idées primordiales, mais il n'est nullement établi qu'il les ait effectivement vues; de sorte que ses opinions purent

1. ApoL, 21 : Sed et Cacsarca credidissent super Christo, si aut Caesares non essent necessarii saeculo.

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