‹ TertullienChapitre 25 sur 561 · Luc, XIV, 47; Marc, XVI, 1 5;. Math., XXVIII · texte numérisé non relu

Luc, XIV, 47; Marc, XVI, 1 5;. Math., XXVIII

4. Dans Adv. Jud., 7, Tertullien précise cette affirmation : Etiam Getulorum varictates et Maurorum multi fines, ...et Britannorum inaccessa Romanis loca, Christo vero subdita, et Sarmatarum et Dacoruni et Gcrmanorum et Scytharum... in quibus omnibus locis Christi nomcn, qui iam venit, rcgnat.

LA DOMINATION ROMAINE l3

paraître moins extrêmes à ses contemporains et à lui-même qu'à nous, qui savons ce qu'elles ont produit. Toutefois, un Romain, pour qui la séparation de l'Église et de l'État était quelque chose d'incompréhensible, ne pouvait qu'être épouvanté de cette conception d'une société religieuse, qui, tout en absorbant une grande partie des citoyens romains, dépassait à ce point les bornes de l'Empire et les cadres de l'Etat.

A nous en tenir aux idées réellement exprimées par Tertullien, la domination romaine est donc légitime, car elle est d'origine divine et Dieu veut être respecté dans ses œuvres ; elle durera autant que le monde dont elle protège la vie terrestre et périssable; mais à côté d'elle s'élève la domination directe de Dieu, qui la dépasse en étendue comme en puissance. Dès le premier pas, nous rencontrons une opposition, plus même, une contradiction entre le siècle, où rien pourtant ne se fait que par la volonté de Dieu, et Dieu lui-même '.

ni. — Les opinions chrétiennes sur l'Empire, sa légitimité et ses prétentions pourront se .préciser, elles ne varieront jamais .essentiellement, parce que le principe qui les inspire ne saurait changer. L'interprétation symbolique de l'Écriture, qui prévaudra généralement dans l'Église, permettra de découvrir dans les textes sacrés beaucoup d'affirmations qui justifieront l'existence de l'Empire et prouveront, encore mieux que le fait même de la durée, qu'il est selon la volonté de Dieu; sa légitimité sera d'autant plus incontestable qu'il sera mieux établi que son existence était nécessaire à l'accomplissement de certaines prophéties. Et cependant les chrétiens ne pourront jamais se contraindre au point de considérer d'un œil favorable la Rome païenne, la grande prostituée, qui fait la guerre aux saints \ Aussi ne se priveront-ils pas d'entasser les sarcasmes sur tout ce qu'ils pourront isoler en elle du respect très général qu'ils lui doivent. Leurs attaques seront d'autant plus violentes que l'Église se verra plus près du triomphe et qu'elle sentira le gouvernement, gagné pour des raisons politiques à la religion chrétienne, plus disposé à lui faire de lui-même l'abandon d'un passé fâcheux \ Minucius Félix se contente de redire, avec plus

1. ApoL, 32 : Id in eis (imperatoribus) scimus esse quod Deus voluit.

2. Apocal., XVII, 1-18 ; Adv. Jud., 9 : Sic et Babylon apud Joannem nostrum, Romanae urbis figura est, proinde et magnae, et regno superbae et sanctorum debellatricis.

3. Je n'ignore pas le parti qu'on pourrait tirer de l'inscription d'Abercios (début du 111° siècle ?) pour établir que les chrétiens acceptaient parfois de bon cœur la souveraineté romaine, en comprenaient l'éclat, en affirmaient l'origine

d'élégance, ce que nous venons de lire chez Tertullien ; c'est une ressemblance qui s'explique très bien, si, conformément à l'opinion commune, VOctavius procède de V Apologétique et qui s'explique de même, si c'est le contraire qui est vrai '. Quoi qu'il en soit, nous retrouvons dans l'ouvrage de Minucius % les remarques désobligeantes que nous avons relevées dans les oeuvres de Tertullien sur le premier berceau de Rome, simple asile de bandits, sur Romulus qui tua son frère pour surpasser tous ses compagnons dans le crime. {Ut populwn suumfacinore praecelleret.) C'est sous de tels auspices qu'a débuté la pieuse cité {Haec prima auspicia 7'eligiosae civitatis) ; le rapt, le meurtre, la guerre et ses horreurs sont tout naturellement venus derrière eux et Romulus n'a pas manqué de fidèles imitateurs ''. L'Empire n'est fait que de conquêtes audacieuses : c'est un butin. Là encore le blâme, amené par les néces-

divine et ne craignaient pas de proclamer leurs sentiments dans la solennité d'une grande inscription funéraire. Seraient particulièrement probants les vers 7 et ss. :

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Malheureusement cette inscription célèbre et longtemps admise comme authentique sans difficulté est aujourd'hui d'une attribution si contestée qu'il est bien difficile d'en tirer un parti quelconque. Des arguments fournis de part et d'autre avec une certaine vivacité, il me semble résulter que sa christianité est à tout le moins douteuse et que, par conséquent, l'abstention s'impose. 'Voyez sur celte polémique le mémoire de Ficker qui l'a ouverte dans les Sitpmgsberichte de l'Acad. de Berlin, février 1894, p. 87 et s.; la réfutation de l'abbé Duchesne : Bull, crit., t. XV, 1894, p. 177 et s.; la réplique de Harnack : Zin- Abercius Inschvift; dans Text. u. Unters, XJl, Bd.; H. 4, 1895; une nouvelle réfutation de l'abbé Duchesne dans Mélanges de l'École franc, de Rome, XV, 1895, pp. i55 et s.; et Aytalecta boll., XI 11, 1894, p. 402 ; XV, 1896,

p. 33 1; XVI, 1897, p. 74.

1. La question n'est point encore tranchée et Renan {Marc Aurèle, p. 309 et n. 3) soutient encore que c'est Tertullien qui est l'imitateur. L'hésitation s'explique par ce fait qu'aucun des deux ne cite l'autre et que les auteurs chrétiens, qui ont eu dans la suite occasion de les rapprocher, ne l'ont pas toujours fait dans le même ordre. La divergence est marquée surtout par Lactance, Inst. div.. V, i, qui nomme Min. Félix le premier, et par saint Jérôme qui, en plusieurs endroits de ses ouvrages [De vir. ill., 58; Epist., LXX, 5), le fait constamment vivre après Tertullien. (Voy. Harnack, Gesch. der AltcJir. Litter., I, p. 647.) Je penche pour le parti de saint Jérôme, simplement parce que ce Père, dans son De viris illiistribus, a donné une série de notices qui supposent un certain souci de la chronologie, tandis que Lactance, dans le passage visé, n'a point semblable préoccupation et énumèrc, peut-être au gré de ses goûts propres, les écrivains chrétiens qui ont défendu la foi avant lui : les deux autorités ne me semblent donc pas égales et celle de saint Jérôme me paraît plus sûre.

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