Lact., Inst . div., II, 7 et
11. De carne Christi, 5 :Et mortuus est Dci Filius... Prorsus credibile est, quia incptum est; et sepultus, resurrcxit. Ccrtuin est, quia impossibilc.
bain baptismal? Et n'est-ce pas d'autant plus croyable que c'est plus étonnant et qu'à cause de cela on a peine à le croire? Quels caractères conviennent donc aux œuvres divines, si ce n'est celui d'être au-dessus de l'étonnement. Au reste, l'incrédulité s'étonne et ne croit pas. ' » Le chrétien fait mieux que croire, il sait et il est sur .
Cependant, il se trouvait des païens, en dehors de ceux qui Jugeaient sommairement les chrétiens sans se donner la peine de les connaître, et en dehors de ceux qui, foncièrement attachés à une autre religion, pouvaient retourner pied à pied contre le christianisme tous les arguments qu'il avançait, il s'en trouvait, disje, qui considérant, d'une part, la prétention chrétienne, à l'exclusivisme, à la vérité absolue, et, d'autre part, les arguments fournis pour la fonder, estimaient que les uns ne justifiaient vraiment pas l'autre. Les hommes épris de logique, et il y en avait encore, de l'aveu des chrétiens \ trouvaient que de semblables raisonnements étaient insensés ou stupides ^ Il ressort de tous les plaidoyers des apologistes que c'était là, en effet, l'opinion commune de ceux qui se croyaient raisonnables. Celse était très vivement frappé de l'insuffisance rationnelle de la démonstration chrétienne, et il en venait à l'enfermer tout entière dans son suprême argument : « Croyez d'autant plus fermement que ce qu'il faut croire est plus extraordinaire ^ « Devant chacun des dogmes les plus fortement affirmés, un Celse survenait et posait humainement, presque scientifiquement, le problème qu'il supposait. Est-ce qu'on a jamais vu un homme renaître avec son corps? Jésus s'est, dit-on, montré en chair et en os trois jours après sa mot ; mais qui l'a vu ? Une femme hystérique ou quelque autre individu de cette bande de goètes qui
1. De baptis., 2 : Quid ergo nonne mirandum et lavracro dilui mortem? Atquin eo magis credendum, si quia mirandum est, idcirco non creditur. Qualia enim decet esse opéra divina, nisi super omnem admirationem ?... Ceterum incredulitas miratur, non crédit.
2. C'est une opinion très bien affirmée dans les Acta SS.Jiistini, etc., IV. — (Ruinart) : non opinor sed scio et hoc tam certum habeo, utnihil dubitem.
3. Selon Clém. Alex., Strom., I, 18, 88, les Juifs, pour croire, dernandent des signes (ffTjjjLsïa), les Grecs, socp£avî;T,TOÙfft, to-j; àvavxaaitxo'jç xa>>o'ja£vou; Xôyouî, xal xotj; aKkd'j^ au)i)»oytaijLOÙ? ôt^Xovôxi.
4. Clém. Alex., Pedag., I, v, 19; Strom., I, 18, 88. Pour les Juifs, dit Clément, la prédication chrétienne est un scandale (trxivSaXov) ; pour les Grecs, c'est une folie (jj.wp(xv). Des expressions analogues reviennent sous la ^plunie d'autres écrivains chrétiens : Théoph., Ad AittoL, II, i : ... !iwp(av elvat tôv >.6yov T,awv; Orig., C. Celse, lY, 61... f.neï; ol xxx' auxov àvÔTiTot... Tertullien, ApoL, i, croit à propos de réfuter cette objection courante par l'argument suivant : non potes dementiam dicere qui revinceris ignorare.
5. Orig., C. Celse, VI, 10. Origène a l'air de dire que c'est là un argument de l'invention de Celse, une exagération bouffonne; mais le texte du De baptismo, 2, cité plus haut, prouve bien que Celse n'invente rien.
entourait le Christ '. Le prétendu témoin a pu être un halluciné, un menteur. A toutes ces objections, le chrétien n'opposait évidemment que sa foi. Origène lui-même, qui a pris la tâche spéciale de réfuter Celse, ne trouve pas, en définitive, d'autre argument \ Au reste, ajoutait le païen, si Jésus voulait affirmer sa divinité, il n'avait, après sa résurrection, qu'à s'aller montrer à ceux qui l'avaient condamné et fait mourir '. Origène avoue que c'est là une objection sérieuse, et, pour la résoudre, il se lance dans un raisonnement aussi subtil que faible et dont l'idée essentielle est celle-ci : Jésus, sa mission accomplie, avait, en toute sa personne, une gloire tellement rayonnante que tout le monde n'en pouvait supporter l'éclat; il a voulu, en ne se montrant pas à ses ennemis après sa résurrection, épargner leur faiblesse, car il les eût infailliblement aveuglés''.
De quelque valeur chrétienne que fussent de tels arguments, ils étaient, de toute évidence, insuffisants pour convaincre les païens. Or, je n'ai pris que les meilleurs et il ne serait pas difficile d'en trouver de plus faibles sous la plume des Pères '\ Toutefois, cette insuffisance rationnelle du Christianisme était pratiquement, et au point de vue de son succès, un inconvénient minime, les hommes qui raisonnent demeurant toujours une exception assez rare. En définitive, considéré au seul point de vue de la logique humaine, il ne valait ni plus ni moins que beaucoup d'autres religions, et il répondait mieux qu'elles aux besoins religieux des hommes du temps. Il était sans doute aussi peu métaphysique que possible dans l'esprit de son fondateur, mais, grâce aux philosophes qui l'avaient adopté, il avait hérité de tout l'esprit philosophique et métaphysique des Grecs ; il pouvait se présenter comme une espèce de philosophie révélée, et c'est ainsi que le concevaient Justin, Taiien, Arnobe, Tertullien lui-même. En ce sens, il n'était pas essentiellement différent des autres religions révélées, du mithracisme, par exemple. Comme elles, il avait ses mystères, ses rites symboliques et ses prêtres. Les ressemblances étaient telles que les païens les signalaient déjà ^ et que les chrétiens en étaient
1. Orig., C. Celse, II, 55 : ... yw^ Trâpoiaxpoç uç çatè xal eT tu; àXkoi; tûv èx Tf|; aÙTf,<; yoTixela;.