‹ TertullienChapitre 26 sur 561 · Octav., 3o en entier · texte numérisé non relu

Octav., 3o en entier

3. Octav., 3o : Damnis alienis et suis sceleribus adolescere, cum Romulo, regibus ceteris et postremis ducibus disciplina communis est.

LA DOMINATION ROMAINE l5

sites de la polémique apologétique, ne porte que sur les moyens employés, nullement sur la légitimité présente de l'œuvre faite; la fin ne justifie pas les moyens, mais la fin a été voulue par Dieu. Saint Cyprien affirme très nettement cette idée quand il dit que les Romains ne sont pour rien dans leur fortune ', mais qu'ils remplissent leurs destins, comme Jadis les Perses, les Grecs et les Égyptiens, car ce n'est point le mérite qui donne les empires ; c'est le sort fixé par Dieu qui veut qu'ils se succèdent ; on rougit si on remonte aux origines humaines de la puissance romaine \ Lactance, qui n'est pourtant point hostile à l'Empire, voit dans son existence même la preuve que l'utilité et l'intérêt, tels que la politique les comprend, sont choses très différentes de la justice selon Dieu \ Telle est également l'opinion de saint Augustin '' et l'histoire antérieure de la Rome primitive lui paraît tout aussi immorale que son histoire extérieure \ Sans doute les Romains ont été poussés à l'action par des stimulants assez nobles : l'amour de la liberté, puis celui de la domination, le désir des louanges et de la gloire '^; Dieu leur a donné la récompense de ces vertus relatives en leur accordant un empire florissant sur la terre ' ; mais, à considérer les choses avec exactitude, les empires sans la justice ne sont qu'oeuvre de brigands ^

En somme, sur la question de la légitimité de l'Empire, les chrétiens s'arrêtent aux deux idées suivantes : l'Empire est légitime divinement, puisque Dieu l'a voulu et il est humainement œuvre d'injustice. Il reste à savoir comment Dieu a pu permettre que ses desseins fussent exécutés contre toute justice; mais c'est là un grave problème que nous examinerons plus tard : il nous suffit pour le moment de remarquer que la première des deux idées

1. Octav., 3o. Ita quidquid Romani tenent, colunt, possident, audaciae praeda est.

2. Qiiod idola DU noJt sint, 5 : Régna autem non merito accidunt sed sorte

variantur ceterum, si ad originem redeas, erubescas. Suit le récit classique

du meurtre de Remus, de l'enlèvement des Sabines, etc.

3. Iiist. div., V, 9, 4 : Quantum autem ab iustitia recédât utilitas, populus ipso romanus docet, qui per fetiales bella indicendo et légitime iniurias faciendo semperque aliéna capiendo atque rapiendo possessionem sibi totius orbis comparavit.

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