Arnobe, Adv. nat., III
4. ApoL, 23. Les Acta SS. Luciani et Marciafji (Ruinari) évidemment très retouchés, nous donnent pourtant un assez bon exemple de Tidée que se faisaient les chrétiens de toute cette démonologie : Lucien et Marcien, encore païens, convoitent une vierge chrétienne et ont recours aux enchantements magiques pour l'obtenir; leurs efforts demeurent inutiles et leurs démons leur répondent que ce qu'ils demandent serait facile, s'il s'agissait d'une âme ne connaissant pas le vrai Dieu qui est aux cieux ; mais que les sortilèges ne peuvent rien contre une vierge servante de Jésus, son Seigneur et Dieu, maître de tous les hommes et qui a été crucifié pour le salut commun. Sur quoi les deux complices tombent comme morts, la face contre terre ; quand ils reviennent à eux, ils se disent que ce Jésus est vraiment bien puissant, puisqu'il est plus fort que tous les démons; ils décident à se convertir, brûlent publiquement leurs livres de magie et se rendent à l'Eglise pour faire leur profession de foi.
5. L'incendie du grand temple d'Eleusis, sous Antonin le Pieux, fut attribué aux chrétiens ; l'édifice fut réparé sous la direction du rhéteur Aristide : Arisl., Eleiis., XIX, 45, p. 422, et Schol. ad Arist., III, p. 3o8 de Dindorf; Dict. des Ant., art. Eleusinia, p. 55i.
répondait à leurs railleries par cette phrase toute simple : « Mais VOUS ne savez pas tout ». Il est vraisemblable, cependant, que plusieurs d'entre eux savaient tout, car il entrait dans le christianisme des initiés aux mystères. Comme, d'ailleurs, il ne pouvait y avoir tout au fond de ces mystères autre chose qu'une révélation nécessairement incomplète ou niaise, aux yeux des chrétiens, ceux-ci gardaient cependant assez beau jeu et ils en profitaient. Nous avons vu déjà que la plupart des cultes mystérieux supposaient des initiations qui n'étaient point toutes conformes à la morale de chaque jour ' : Pour Tertullien les mystères attiques, les fameux mystères d'Eleusis, les Apaturies, les Dionysies, ne sont qu'occasions de luxure et de grossières mystifications ; ils n'ont absolument rien de sérieux, que la gourmandise qu'ils encouragent \ Les cuisines flambent aux cours des cérémonies mystérieuses, si bien qu'une réunion des initiés de Sérapis émeut les pompiers •'. Clément d'Alexandrie ", qui se prétend bien renseigné, conclut que tout, dans les mystères, se réduit à des cérémonies et à des symboles grotesques et obscènes, tout à fait dignes des aventures divines qu'ils prétendent rappeler. Le roi des Scythes, qui tua un de ses sujets pour avoir introduit dans son pays ces misères indécentes et impies, fit parfaitement bien ; rien n'est si ridicule que les lois et l'opinion qui les soutiennent encore \
Ainsi, tout ce qui nourrissait le sentiment religieux des païens, depuis l'humble superstition du campagnard ou de l'ignorant du faubourg, jusqu'à la religiosité raffinée du dévot philosophe, de l'Apulée initié à tous les secrets divins, tout était rejeté, bafoué et maudit, par ces chrétiens qui n'éprouvaient de joie que dans la contemplation de leur propre savoir, et dans l'anéantissement de tout ce qui n'était pas leur croyance. Il est presque inutile de dire qu'ils n'admettaient particulièrement pas que la religion païenne
1. Les textes païens ne font aucune allusion à des spectacles impurs qui auraient pris place parmi les cérémonies d'Eleusis; c'est à peine si on entrevoit que quelques détails de la légende de Demeter manquaient un peu de décence ; et cependant les chrétiens ne se firent point faute d'accuser d'immoralité ces mystères eux-mêmes : Greg. Naz., Orat. adv. Julianiim, II, 3i; J. Chrysost., Orat. de S. Babj-la et contr. Gent., i3, p. 234 de Didot ; précédés de loin par Tatien, Adv. Graec, i3; Dict. des Ant., Eleiisinia, p. 578.
2. ApoL, 39; Apaturiis-, Dionysiis, mysteriis Atticis cocorum dilectus indicitur.
3. ApoL, 39; ad fumum coenae Serapiacae sparteoli excitabuntur.